Par Jean-Marc Daniel[1]

"La France a une capacité unique d'influence et d'action pour conjurer les périls, valoriser ses immenses atouts dans la mondialisation et bâtir un monde plus juste, plus sûr et plus solidaire". Cette déclaration a été faite par Jacques Chirac devant la 14e conférence des ambassadeurs. C'est sur elle qu'insiste Fraternité Matin, le journal d'Abidjan, pour rendre compte de cet événement qui symbolise aux yeux du journaliste la rentrée politique en France.

Quatre Français sont présents dans la presse africaine à l'occasion de cette rentrée.

Jacques Chirac d'abord. Fraternité Matin qui analyse sa prestation devant les ambassadeurs souligne, en plus de la phrase précédente, le long passage sur le Darfour. Celui-ci se conclut par une formule que tout le monde ne peut que partager : "il est urgent de mettre un terme à cette tragédie qui déstabilise dramatiquement la région tout entière".

En fait, plus que Jacques Chirac, qui en est resté devant les diplomates français aux généralités, c'est Brigitte Girardin, la ministre de la Coopération, qui inspire les journalistes africains. Les Dépêches de Brazzaville parlent de sa venue au Congo. Elle y a rencontré Denis Sassou N'Guesso, président en exercice de l'Union africaine. Objet de l'entrevue : la sortie de crise en Côte d'Ivoire. Nième échange autour du problème électoral ivoirien, de l'établissement de la liste des électeurs, de la date des élections. Pour Fraternité Matin, c'est avant tout la nième intrusion française dans une crise dont trop de monde s'occupe. Conséquence de cette agitation, à moins que ce ne soit un objectif, ce n'est toujours pas le peuple ivoirien qui tranche. Pour l'instant, à Abidjan, l'homme de la rue tousse, au sens propre à cause de l'invraisemblable affaire de pollution qui asphyxie la ville, et au sens figuré à cause de la crise politique qui, commente avec agacement l'éditorialiste de Fraternité Matin, "dure, dure, dure, et perdure…".

Nicolas Sarkozy est bien évidemment présent dans la presse africaine de la rentrée. Le Soleil de Dakar revient sur l'immigration choisie. Le journal transcrit une interview du président sénégalais Abdoulaye Wade donné à la BBC. Ce dernier y confirme son indignation : les Européens n'ont pas à choisir les Africains dont ils ont besoin. D'autant moins que l'Afrique doit pouvoir compter sur tous ses fils pour se sortir du marasme. S'interrogeant sur le moyen de les employer au mieux, Le Soleil cite d'autres propos du président Wade : comme les Africains ont tout essayé en termes de schémas d'industrialisation, d'intégration à la mondialisation, de libéralisation de leur économie, comme ils ont tout écouté et hélas tout entendu, des experts en socialisme soviétiques aux experts en capitalisme de la Banque Mondiale, il leur reste le bon sens qui leur recommande de commencer par développer leur agriculture ; et surtout, ils doivent davantage avoir confiance en la sagesse des anciens qu'en l'arrogance des technocrates.

Le Nigerian Observer s'intéresse aussi à Nicolas Sarkozy, pour souligner l'ironie de la situation politique française. Il est de bon ton à Paris de dénigrer systématiquement le modèle anglo-saxon. Et pourtant les élections à venir vont conduire à un affrontement entre un pro-américain avéré, admirateur de l'évolution récente de la Grande-Bretagne en la personne de Nicolas Sarkozy et une représentante du parti socialiste qui n'hésite pas à se déclarer blairiste en la personne de Ségolène Royal. Au Nigeria, on doute clairement des capacités d'influence de la France…

Dernier Français en valeur, Claude Le Roy. Maintenant que la coupe du monde de football est terminée, l'heure est au bilan. Les Ghanéens, qui furent les Africains les plus redoutables, se cherchent un entraîneur. L'Accra Daily Mail croit savoir qu'il s'agira de Claude Le Roy. Très connu en Afrique- il a déjà été entraîneur au Cameroun – il hésite encore. Au Ghana, on est moins sarcastique qu'à Abuja, on a besoin des capacités d'influence et d'action de certains Français...

Notes

[1] Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-EAP et rédacteur en chef de la revue Sociétal.