Vus de Stockholm, les débats français sur l'école paraissent un peu décalés. En effet, les débats sur le système scolaire portent ici sur ce que l'école produit, et non sur les problèmes de comportement : on ne trouve personne pour regretter le temps où les élèves se levaient à l'entrée du professeur, mais les débats sur les résultats aux études PISA et aux tests comparatifs entre écoles sont plus fréquents.

Tout d'abord, l'attention se focalise sur le prévention des difficultés : un enfant ou un jeune qui ne réussit pas bien fait l'objet d'un soutien spécifique mis en place à la première difficulté ; le jeune Norvégien ou Finlandais qui ne semble pas au niveau bénéficie des services d'une sorte de SAMU scolaire qui va le soutenir pour éviter l'exclusion scolaire. Le résultat est que l'on n'entend pas ici de déclarations sur la nécessité d'empêcher "ceux qui ne veulent pas travailler d'empêcher les autres de le faire", comme cela a été le cas en France récemment, dans la mesure où ceux qui empêchent les autres de travailler sont des jeunes en situation d'échec scolaire, sur lesquels la concentration de moyens agit efficacement.

C'est un peu le même raisonnement que celui qui prévaut en matière de lutte contre le chômage : les Nordiques souhaitent "activer" les chômeurs, les aider à se réintégrer rapidement sur le marché du travail, les pousser le cas échéant, ce qui correspond assez bien à la prise en charge des jeunes en difficulté dans le système scolaire. En France, c'est une notion qui commence à être entendue, mais notre système a plutôt tendance à rayer les chômeurs des listes s'ils sont inactifs, ce qui relève de la même démarche que d'écarter les élèves qui perturbent les classes.

De plus, il ne faut pas oublier que l'école reflète la société : le rapport à la discipline est un point sur lequel les pays nordiques diffèrent fortement d'un pays comme la France. En effet, les administrations comme les entreprises y ont une organisation moins pyramidale. Entre le ministre et le cadre réellement en charge d'un dossier, il y a au moins cinq niveaux hiérarchiques dans l'administration française, et deux dans les pays nordiques. Le monde de l'entreprise nordique est souvent peu hiérarchique, avec un travail par projets associant des gens autonomes, qui pendant une période donnée seront chefs de projet, et le lendemain dépendront d'un chef de projet qui était précédemment sous leur autorité.

Le système scolaire français attache une plus grande importance au respect de l'autorité, à la discipline, à l'obéissance, aux résultats individuels alors que le système scolaire nordique privilégie le travail d'équipe, donc la capacité a vivre ensemble, à prendre des initiatives, et la contribution de chaque élève à la réussite du groupe.

Le problème est que notre système, bien adapté à un monde stable et à un mode de production taylorien, se trouve en difficulté dans le cadre des adaptations incessantes que nécessite la mondialisation. La réactivité de nos administrations et de nos entreprises, qui emploient des gens habitués à voir leurs initiatives filtrées par la hiérarchie, laisse à désirer. De plus, ce type de culture hiérarchique et figée était concevable à l'époque où 10 % d'une classe d'âge faisait des études supérieures. Nos jeunes qui arrivent sur le marche du travail méritent mieux.

Il est donc difficile de demander aux gens plus de flexibilité, plus d'autonomie, "qu'ils se prennent en chargent", et dans le même temps de donner à nos enfants une éducation qui repose pour ses valeurs sur la discipline et le respect de l'autorité. Allons plutôt vers l'apprentissage de l'autonomie et vers la capacité à participer à une équipe, car c'est cela qui rendra nos administrations et nos entreprises compétitives.