Par Barras

Barras - encore lui - fit un coup d'Etat un 4 septembre - qui était un 18 fructidor - pour garder le pouvoir. Jospin devait faire un coup d'éclat le 10 septembre - un 24 fructidor…- pour y revenir. Cela s'est passé à la télévision, à l'émission France Europe Express. Jospin a mis en avant à cette occasion ce qui sera désormais le fondement de sa campagne : "la droite est injuste et inefficace".

Derrière cette affirmation, il y a la nouvelle approche des socialistes sur la situation du pays à la veille de la présidentielle. Comme l'économie va mieux, il n'est plus temps de se focaliser sur le chômage. La majorité sortante est donc accusée de ne pas savoir faire profiter le pays du retour de la croissance et de manquer du sens de la justice. Le pouvoir d'achat sera l'élément central des arguments socialistes dans les mois à venir, tandis que l'on mettra en parallèle les émoluments des grands patrons et les distributions de stock options avec l'évolution des salaires. Jospin a compris que l'électeur de gauche reste un enseignant, un employé, un cadre moyen que les discours qui se veulent généreux sur la régularisation des sans-papiers ou les indignations de politique étrangère ne mobilisent que superficiellement.

Après l'émotion de l'université d'été de la Rochelle pour faire admettre le retour aux militants, le sérieux de l'émission du 10 septembre, qui devait faire admettre le dit retour aux électeurs, ne semble pas avoir porté les fruits attendus. Ségolène est toujours là, plus que jamais là et les partisans de Lionel craignent que lui ne redevienne très las. Certains évoquent un parcours semblable à celui de Jacques Delors en 1995 : un appel, une montée en puissance, puis la conviction de la vanité des choses et un nouveau retrait, qui paraîtrait tout aussi étrange que celui du 21 avril 2002 au soir. Pour l'instant, le camp Jospin préfère ne pas envisager un tel dénouement et ne décolère pas contre François Rebsamen, le maire "royaliste" de Dijon. En demandant lourdement à Jack Lang et à DSK de se retirer au prétexte qu'ils n'auraient aucune chance, il les a poussés à clamer haut et fort leur volonté de rester jusqu'au vote des militants prévu le 16 novembre, maintien qui prive Jospin d'une partie de ses réserves électorales à l'intérieur du Parti. La manœuvre bien que plutôt grossière a réussi, d'autant mieux pour Jack Lang que celui-ci aurait déjà décidé de rallier Ségolène, en échange de la promesse du quai d'Orsay en cas de victoire en 2007.

Considéré comme dépassé, François Hollande n'en finit pas de régler le problème des législatives. 483 sur les 577 circonscriptions ont été attribuées. Mais il n'y en a que 221 réservées à une candidate. La parité n'est pas atteinte et les reproches à ce sujet s'accumulent. Les rencontres avec les partenaires de l'ex-gauche plurielle ont du mal à se monter, et certains se montrent gourmands. Jean-Pierre Chevènement a réclamé à l'Université d'été de son mouvement républicain et citoyen (le MRC) au moins 20 députés dans la prochaine assemblée. On a beau ironiser au Parti Socialiste que si on lui donnait satisfaction, le MRC serait le premier parti politique de l'histoire dont tous les adhérents seraient membres de l'Assemblée nationale, il n'en reste pas moins que de telles exigences augurent mal des relations à venir.

Barras est le pseudonyme d'un haut fonctionnaire, proche du Parti Socialiste.