Le sujet fait débat depuis longtemps. Mais depuis peu, les politiques en parlent beaucoup. Je ne pensais pas aborder le sujet sur ce blog, mais la prise de position, ou plutôt la déclaration mesurée (évidemment !) du chef d'état-major des armées, le général Bentégeat, hier soir sur Europe 1, m'a fait changer d'avis.

Cette idée - car il ne s'agit que d'une idée pour le moment - est ancienne. Véritable serpent de mer, la création d'un service civique obligatoire a été régulièrement évoquée par les politiques de droite et de gauche, depuis la suppression du service militaire en 1996.

Le groupe socialiste de l'Assemblée nationale avait déposé en novembre 2003 une proposition de loi pour créer un tel service, censé s'opposer au "délitement des valeurs républicaines" et favoriser "le brassage social". A l'époque, débattue dans le cadre d'une niche parlementaire, elle avait été rejetée. Depuis, l'idée d'un service civique ou civil (comme on voudra) obligatoire a régulièrement ressurgi. Il figure dans le projet socialiste pour 2007, et il est également préconisé dans la majorité (par l'UMP Christine Boutin ou le radical André Rossinot).

Or, Nicolas Sarkozy a repris cette proposition lors de son discours fleuve à destination des jeunes. Il s'agirait d'imposer aux jeunes, au nom de leurs "devoirs" et plus seulement de leurs "droits", de consacrer un peu de leur temps à la cause de la Nation. C'est noble, honorable, voire louable. Mais au-delà, il s'agit évidemment, comme l'a reconnu le général Bentégeat, avant tout d'un "choix politique". "Je comprends, pour des raisons d'intégration des jeunes, qu'on en exprime le besoin, mais cela pose un problème de coût et d'organisation et je souhaite que ce coût ne s'exerce pas au détriment de la Défense", a-t-il déclaré.

Je trouve la leçon admirable. Un militaire, donc, par essence, un fonctionnaire de l'Etat, met en garde contre la conséquence financière d'une proposition politique. Belle leçon, en vérité. Car cette instauration aurait un coût. Le PS l'estime dans son projet à 3,5 milliards d'euros, tandis qu'à droite, on le chiffre plutôt à 5 milliards par an, supporté en tout ou partie par l'Etat suivant qu'il soit pris totalement en charge ou partagé avec des collectivités locales ou des entreprises publiques. Bref, de toutes les façons par les contribuables.

Sarkozy, habile, est resté flou. "Ce service pourra être effectué en une fois ou fractionné, à temps plein ou à temps partiel, réalisé en France ou à l’étranger, dans toute activité revêtant un caractère d’intérêt général", a-t-il précisé.

Interrogé récemment sur le sujet, Philippe Marini, rapporteur général du Budget au Sénat, défenseur, s'il en est, de la rigueur budgétaire, mais... membre de l'UMP, a reconnu que lorsqu'il s'agit d'une "priorité politique et sociétale", le raisonnement budgétaire "atteint vite ses limites".

Cinq milliardsd'euros de plus ou de moins ? Une goutte d'eau. Certes. Mais le général Bentégeat précise que le service militaire "ne manque pas du tout à l'Armée, car la réalité est qu'aujourd'hui elle a besoin de professionnels". Et il ajoute : "Quant au brassage social, il pourrait manquer à la Nation, mais il n'était plus réalisé depuis longtemps puisque le service militaire était devenu très inégalitaire. Près de 40% d'une classe d'âge y échappait, et il ne touchait pas les filles".

Dès lors, on se demande : un service civil obligatoire, pour quoi faire ? Inculquer aux jeunes le sens du devoir, ou retarder de quelques mois le gonflement des chiffres des jeunes demandeurs d'emploi ? La question est posée, et je la pose.