En tant qu'entrepreneur, j'ai toujours porté une attention particulière aux règles de management enseignées par Jack Welch, l'ancien patron mythique de General Electric. Et notamment parce que contrairement aux théoriciens, il confrontait en permanence théorie et pratique dans son quotidien de manager–entrepreneur.

Et alors qu'une nouvelle icône mondiale de l'entreprise s'installe dans les médias et dans les librairies, Carlos Ghosn, en pleine torpeur estivale, Fortune lance un pavé dans la mare : Sorry Jack ! En démontant une par une les règles d'or de Jack. Mon Jack !

Et casse au passage mon idée de rédiger un billet sur le thème : est-ce que les règles de Jack Welch sont applicables à la compétition présidentielle ?

Etant persévérant et m'accrochant à mon idée de départ, j'ai décidé de m'adapter. Au fond, si les règles d'or de l'entreprise s'adaptent aux exigences de la compétition mondiale, les règles d'or de la compétition présidentielle doivent elles aussi s'adapter à la nouvelle donne électorale et à l'évolution de la position de la France. Est-ce que, finalement, les règles d'or qui avaient permis à Jacques Chirac d'emporter deux fois le combat électoral, sont elles aussi périmées ?

Préambule

Vous trouverez ci après la liste des vraies règles de Jack Welch et les propositions de Fortune.

Je me suis donc autorisé une double traduction, linguistique et politique. Totalement subjective évidemment.

Cette règle nous vient directement du monde anglo-saxon ; initiée par Bill Clinton, améliorée par Tony Blair et ses spin doctors, il s'agit au fond de savoir mettre à son profit des idées de l'autre camp pour devenir insaisissable.

Je ne suis pas sûr qu'on entendra au coeur de cette campagne un "Trop d'impôt tue l'impôt", telle que proclamée par le candidat Chirac en 1995, ou encore une ligne claire sur les re-nationalisations…

Evidemment, les thèmes de la sécurité ou de l'emploi feront partie du débat. Chaque camp essayera constamment de porter le centre de gravité du débat vers le thème où il est à son avantage dans l'opinion publique. Comme ce fut le cas en 2002 sur la sécurité pour Jacques Chirac.

Mais pour 2007, la force programmatique proposée par les deux camps amènera à politiser de nouveaux sujets. Par exemple, Ségolène Royal, alors ministre, avait réussi à mettre au devant de la scène le bizutage ou la pédophilie ; Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, avait mis en avant le problème de la baisse des prix dans les grandes surfaces, ce qui est assez rarement mis en avant par les macro-économistes. Nous aurons certainement notre lot de surprises.

"Prenez le parti par la gauche et gagnez au centre !". Cette vieille règle mitterrandienne, reprise à son compte par Laurent Fabius, sera probablement démentie lors de la campagne interne du PS. Les militants sont totalement influencés par les sondages et l'envie de gagner. Les candidats parlent dès la pré-campagne à l'ensemble du corps électoral, segment par segment, et non plus aux seuls militants ou sympathisants ; cela correspond aussi à la volonté de chacun des deux grands partis de massifier les adhérents, ce qui ne peut que édulcorer les idéologies.

Les deux principaux candidats ne cessent de prendre en référence ce qui marche ailleurs ; en outre, ils cherchent clairement à incarner la rupture. Le changement dans la continuité et la force tranquille sont définitivement passés de mode.

Je ne crois pas que des explications soient nécessaires : Johnny ou Juppé ?

A mon sens, il s'agit d'un élément clé du changement. Comme dans les grands groupes qui fonctionnement désormais avec le couple Chairman / CEO, le quinquennat a transformé profondément la relation entre le Président et son (ou ses) Premier(s) Ministre(s).

Les récentes interviews et témoignages de Jean-Pierre Raffarin l'attestent. La nouveauté peut être de cette campagne sera dans l'affichage d'un ticket. Elle sera aussi peut être l'occasion d'afficher en avance quel sera la composition pressentie du gouvernement.

Enfin, le Premier Ministre devra être particulièrement courageux, car un certain nombre de réformes seront particulièrement difficiles.

L'énergie impressionnante et la puissance physique de Jacques Chirac lors de ses campagnes présidentielles ont probablement convaincus une partie de la population dans leur vote.

Cette fois-ci, l'énergie sera reléguée au second plan car une frange non négligeable de l'électorat qui s'intéresse moins au fond prendra uniquement sa décision sur la capacité des candidats à séduire et montrer que leur âme est en phase avec leur façon de pratiquer de la politique et leurs idées sur la société.

Le monde change. La politique aussi. Sorry Jacques !