Jusqu'à présent, l'attention des gouvernements successifs, qui subissent sur ce point la pression médiatique, s'est focalisée sur l'équité verticale, c'est-à-dire sur la progressivité du prélèvement en fonction du revenu. Cette focalisation s'est exercée au détriment de l'équité horizontale, c'est-à-dire du principe "à revenu égal, impôt égal". La prolifération des niches fiscales est le symptôme le plus visible de cette inéquité passée sous silence. Mais la situation actuelle arrange tout le monde et s'y attaquer suppose une grande énergie.

Si l'aménagement de l'assiette de l'impôt sur le revenu paraît souhaitable, sa fusion avec la CSG, en revanche, paraît une fausse bonne idée. Le seul point commun de ces deux prélèvements est qu'ils portent sur le revenu des ménages. A part cela, ils n'ont rien de commun : ni l'assiette, ni le bénéficiaire, ni le nombre de contribuables, ni le mode de paiement. On voit mal en quoi une fusion entre les deux rendrait le prélèvement plus lisible ou plus efficace, bien au contraire ! A moins que l'on ne veuille, par la fusion, s'attaquer à tous les sujets à la fois : baisser la progressivité de l'impôt sur le revenu pour les uns, rendre la CSG progressive pour les autres, réintégrer dans l'impôt sur le revenu les millions de contribuables qui en sont sortis au fil des réformes précédentes, se débarrasser des niches de l'impôt sur le revenu – avec le risque d'aboutir à les introduire dans la CSG ! - prélever l'impôt sur le revenu à la source, remettre en question, à cette occasion, l'imposition par foyer…

Toutes ces réformes peuvent être faites dans le cadre de deux impôts séparés. Ce sont des réformes très lourdes, tant du point de vue politique que technique. Elles ne peuvent réussir que si elles font l'objet d'une large concertation préalable, et valent mieux qu'un débat réducteur sur le principe de la fusion de deux impôts qui va permettre à deux familles politiques de s'opposer par principe sans que l'on sache vraiment sur quoi elles s'opposent