Parmi les dix questions clés d'un débat présidentiel consacré à la santé, la première que nous avons identifiée est la suivante : "Que faut-il mettre en œuvre pour réduire les inégalités sociales et géographiques de l'état de santé qui sont une insulte à la devise républicaine et corriger la surmorbidité et la surmortalité des jeunes ? Ces inégalités peuvent être liées à une mauvaise répartition des ressources de soins, à des disparités dans la qualité de l'environnement, à des facteurs comportementaux, socioéconomiques, culturels et familiaux. Il faut une véritable stratégie de santé publique pour les combattre."

L'actualité vient nous montrer l'importance de conduire de véritables stratégies de prévention inscrites dans la durée. En effet, au cours de ces dernières semaines, nous avons appris que le nombre de fumeurs est reparti à la hausse, que la consommation d'alcool reste responsable d'un fardeau sanitaire élevé et que la croissance de la fréquence de l'obésité se poursuit.

Ainsi, au cours des cinq premiers mois de 2006, la vente des cigarettes a augmenté de 4 %. L'Observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie note de plus une baisse des ventes de substituts nicotiniques, une baisse des consultations pour arrêter de fumer et une baisse des appels à Tabac info service.

En matière d'alcool, un numéro récent (n° 34-35) du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l'Institut de Veille Sanitaire rappelle qu'avec 45 000 décès par an, l'alcool reste la deuxième cause de mortalité évitable. Par rapport aux autres pays européens, la surmortalité des hommes est de 30 %.

En revanche, signe encourageant, si l'obésité continue de progresser pour atteindre 12,4 % de la population, son rythme de croissance ralentit (9 % contre 17 % auparavant). Ce sont les résultats récents d'une étude réalisée par des chercheurs de l'INSERM avec l'Institut Roche.

Le problème qui caractérise notre pays, avons-nous dit, est le déséquilibre entre les ressources allouées aux soins répondants aux demandes tout venantes et celles consacrées aux programmes organisés de santé. Pour la première fois, nous disposons d'une estimation plus précise de ce déséquilibre grâce à un travail publié par l'Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé. En 2002, 10,5 Md€ ont été alloués aux actions de prévention contre 123,8 Md€ pour la prise en charge des pathologies. Si on ne tient pas compte des dépenses institutionnelles, seuls 5,8 Md€ sont consacrés à la prévention : 44 % pour la prise en charge des facteurs de risque comme l'hypertension artérielle, 36 % pour les dépistages et 20 % pour les mesures environnementales et l'éducation pour la santé.

La leçon est claire. Lorsque les moyens et la volonté politique existent, il est possible d'obtenir des résultats. Ainsi, on voit que le Programme national nutrition – santé, lancé en 2001, commence à produire des effets encourageants. En revanche, quand on mène des actions ponctuelles, on obtient des résultats ponctuels, comme en matière d'alcool et de tabac.

Le futur Président n'aura certes pas à intervenir au quotidien dans les affaires sanitaires. Mais son impulsion sera décisive pour que le pays se dote d'une politique de prévention durable. Les résultats spectaculaires obtenus en matière de sécurité routière en sont une autre illustration.