95 % : c'était le pourcentage du budget de l'Etat reconduit automatiquement. Cela va peut-être changer. Jusqu'à aujourd'hui un bon ministre, un bon maire, un bon président de conseil départemental ou régional, était celui qui réussissait à arracher au ministère des Finances, donc aux contribuables, le plus de dépenses possibles.

Le système n'est pas mort. Au niveau local, notamment, celui des communes, tout élu connaît la tentation des subventions. Pourquoi y a-t-il tellement de ronds-points en construction ? Parce que les instances européennes ont décidé qu'il fallait les subventionner. Il y a sans doute de bonnes raisons à cela. Mais de là à couvrir tous les carrefours de tourniquets, le pas a été franchi. En effet les subventions sont substantielles. Le maire se dit : "je mets 20 % de la dépense dans le projet et si je ne le fais pas je rate l'essentiel". Multiplié, le procédé finit par grever les budgets. Mais y recourir c'est éviter que le voisin – surtout s'il est d'une couleur politique un peu différente – en profite.

Même réflexion au niveau de l'Etat. Chaque année les ministres mobilisaient leur cabinet pour savoir comment "arracher à Bercy" une part du budget en augmentation dépassant la norme moyenne.

Désormais, avec la Loi Organique relative aux Lois de Finances (Lolf), les habitudes devraient être bousculées. Il n'est plus demandé aux ministres de partir du budget d'hier et d'y ajouter les hausses souhaitées pour le prochain budget, mais de programmer des actions et d'en vérifier les implications financières. Au lieu d'approuver en bloc l'essentiel d'un budget prévisionnel, le Parlement sera conduit à vérifier son contenu réel.

Tout ne va pas changer par miracle. Les premières années de mise en œuvre verront nombre de combats d'arrière garde. Mais on peut espérer que progressivement l'état d'esprit des politiques et des administrations changera. On ne se vantera plus d'avoir "gonflé son budget" mais on cherchera à montrer en quoi les dépenses engagées sont utiles. Il arrivera aussi que des élus se vanteront (certains y réussissent dès maintenant très bien), d'avoir fait progresser la situation de leur domaine sans impôts supplémentaires.

Un jour peut être un bon ministre, un bon maire, un bon président de région, seront des économes efficaces et non des démagogues dépensiers.