Nous avons déjà beaucoup de réglementations dont l'ambition est de pousser les chômeurs à rechercher et accepter un emploi. Ainsi est prévue depuis longtemps la radiation pour "refus d'emploi". Mais ces dispositions ne sont guère efficaces, tout simplement parce qu'il est très facile de se faire refuser par un employeur potentiel plutôt que d'avoir à refuser l'emploi qu'il propose. Et comme il n'est heureusement pas question d'obliger un employeur à embaucher quelqu'un dont il ne voudrait pas, cette échappatoire à toute obligation d'accepter un emploi remise au magasin des fausses pistes l'idée de renforcer le contrôle des chômeurs.

Plutôt que chercher à obliger, il vaut mieux essayer de comprendre pourquoi un chômeur peut être conduit à ne pas chercher d'emploi ou à refuser celui qu'on lui propose, pour agir ainsi sur ses motifs. Ceux-ci appartiennent à trois familles principales :

  • l'insuffisance de l'offre : plus il y a d'offres d'emplois, plus il y a de chances que l'une d'elles convienne à un chômeur et qu'il la prenne. Il faut donc libérer le plus possible l'offre de travail des multiples contraintes qui la découragent, qu'elles soient techniques, juridiques ou réglementaires.
  • la rationalité de la demande : notre société, et c'est tant mieux, a les moyens de venir en aide aux chômeurs. Un économiste dirait que l'indemnisation du chômage rend solvable l'offre de non-travail. Très logiquement, le chômeur compare donc les deux offres, celle de travail et celle de non-travail, pour choisir celle qui, pour lui, à cet instant, lui paraît la meilleure. On voit donc qu'obliger va contre un comportement rationnel de marché, et condamne ainsi à l'échec. Il vaut mieux agir sur les termes de la comparaison en rendant l'offre de non-travail moins attrayante et l'offre de travail plus intéressante pour que, librement, il y ait moins de chômeurs qui refusent des emplois.
  • le sentiment d'exclusion : une partie des chômeurs conçoivent, à tort ou à raison, qu'ils sont exclus du marché du travail, parce qu'ils n'ont pas d'expérience, ou qu'ils sont trop vieux, ou surtout qu'ils n'ont pas de qualification. Et, à force de voir les portes se fermer, ils finissent par se dire qu'ils ne trouveront jamais et se découragent donc de chercher. Pour ceux-là le remède n'est pas de les obliger à accepter un emploi, ce qu'ils feraient volontiers, mais plutôt de lever les entraves à leur embauche. Il s'agit là principalement de formation et subsidiairement de flexibilité réglementaire et salariale.

En un mot, mettre l'accent sur le contrôle des chômeurs risque de détourner de s'attaquer aux vrais sujets, pour des résultats médiocres et sans lendemain. Un peu comme l'alpiniste qui tape sur le baromètre en espérant changer le temps qu'il fait.