Le sujet longtemps tabou du temps de travail des enseignants commence enfin à être abordé ; il y a là l'opportunité d'une réforme dont les élèves seraient les vrais gagnants.

Le ministère de l'Education est en train d'entamer le réexamen de certaines modalités de comptabilisation des heures payées pendant lesquelles les enseignants ne s'occupent pas des élèves.

Il s'agit de remettre en cause des avantages acquis dont la justification a souvent disparu. On peut citer à ce titre la réduction d'une heure de l'obligation de service dite de "première chaire", dont bénéficient un certain nombre d'enseignants, les heures de décharge accordées forfaitairement, sans contrôle, au profit de l'Union Nationale du Sport Scolaire, les heures de préparation en laboratoire ou en cabinet de cartes (travail qui devrait relever de la préparation des cours, les tâches les plus fastidieuses ayant disparu), ou encore les fausses heures supplémentaires qui sont parfois versées pour conserver des professeurs particulièrement compétents. Le gouvernement compte ainsi réaliser une économie de 3 700 postes au seul titre des décharges.

Cette réforme est nécessaire et il est courageux de l'entreprendre, mais il sera souhaitable d'engager la réflexion au-delà, sur la méthode de comptabilisation des heures de travail des enseignants. Aujourd'hui, les temps de service ne prennent en compte que les heures devant des élèves et ne sont pas annualisées, ce qui ne permet pas d'intégrer la durée des vacances. Le sujet est complexe : le temps de travail des enseignants est difficile à apprécier de façon très précise, car, au-delà des obligations de cours devant les élèves, ils ont, outre la participation à un certain nombre de réunions, des heures de préparation dont la durée peut être très variable selon le niveau d'enseignement et la matière.

Sur le plan de la transparence et de l'équité, il serait souhaitable de mieux tenir compte des heures réellement effectuées, même si l'approche doit rester largement forfaitaire. Cette réforme, qui rapprocherait le temps de travail des enseignants de celui du reste de la fonction publique, permettrait de dégager des possibilités de soutien scolaire par la présence d'un certain nombre de professeurs en dehors des heures de cours. Parallèlement, les formations des enseignants pourraient être en partie dispensées hors du temps scolaire, pendant les vacances notamment, ce qui permettrait d'économiser des moyens non négligeables aujourd'hui consacrés aux professeurs remplaçants, payés pour assurer les cours de leurs collègues en formation.

Les élèves seraient les principaux gagnants de cette réforme. En outre, des économies non négligeables pour le budget de l'Etat pourraient être dégagées, de l'ordre de plusieurs centaines de millions d'euros, et cela même si cette réforme était accompagnée d'un réexamen du régime de primes des enseignants, pour l'instant très mal dotés, comparés à leurs autres collègues de la fonction publique. Mais, à la différence des améliorations des conditions de rémunération des enseignants jusqu'ici accordées, celle-ci aurait une contrepartie significative et conduirait à une amélioration de l'efficacité du système éducatif. Enfin, il faut souligner que les conséquences pour les élèves de ces réformes seraient très positives.