5,4 milliards d'euros : c’est le profit du monopole gazier russe Gazprom au cours du premier trimestre 2006, soit deux fois plus qu'à la même époque de 2005. Depuis, Gasprom est devenu la quatrième valeur boursière mondiale, juste derrière Exxon Mobil, General Electric et Microsoft. Le tiers du gaz utilisé en France vient de Norvège, mais le poids de Gazprom sera de plus en plus important dans notre ravitaillement.

Le problème de la place et du rôle de Gaz de France est ainsi posé. Dans un bras de fer permanent qui va se jouer – et se joue déjà – entre producteurs et acheteurs, quelle est la taille nécessaire en matière énergétique pour ne pas être à la merci des fournisseurs ?

Lorsque le groupe italien Enel a manifesté l'intention de prendre une part importante du capital de Suez en raison de son rôle dans la production d'électricité en Europe, le projet d'une fusion entre Suez et Gaz de France a été lancé contre le risque d'OPA pour faire de deux poids moyens un poids lourd.

Mais très rapidement, et surtout lors des débats à l’Assemblée nationale sur ce sujet, les questions soulevées ont porté sur la privatisation – relative – de Gaz de France, nécessaire pour réaliser une fusion avec Suez, et pratiquement pas sur l’opportunité et la qualité du projet industriel d’une telle fusion.

De ce fait, une fois de plus, les arguments échangés ont été faussés. Il eut fallu se demander si la fusion Suez-Gaz de France avait un logique économique et géopolitique. Certains ont voulu démontrer que le statut des employés de Gaz de France, assez différent du statut de droit commun de nombreux salariés français, représentait une garantie contre les menaces qui pèsent sur notre ravitaillement en énergie. On comprend très bien que les employés concernés cherchent à garder certains avantages matériels. On peut en revanche mettre en doute le fait de hisser en cause nationale le maintien de certaines positions syndicales. Dans le débat politique chaque camp a récité son couplet. Mais l’occasion d’une information poussée sur notre politique énergétique a été perdue.

Trois thèmes auraient mérité plus ample débat :

  • La politique énergétique doit certes conduire à garantir le ravitaillement du pays, mais ne faudrait-il pas la renforcer par des actions européennes ? Vu sous cet angle faut-il exclure les accords entre groupes européens ?
  • L'opération Suez – Gaz de France a été annoncée par le gouvernement. Certes Gaz de France, dont l'Etat est encore propriétaire, était en cause, mais en initiant l’opération le gouvernement a donné le sentiment de procéder à un diktat, ce qui desservait le projet.
  • Est-ce que ce projet est suffisant pour faire, s’ils se réalise, contrepoids à la puissance de nos fournisseurs extérieurs ? Il peut y contribuer, mais ce n'est qu'un morceau du puzzle complexe.

Une remarque complémentaire pour rappeler qu’il y a en France beaucoup de compétences dans le domaine énergétique, d'excellents rapports, de solides ambitions, mais que dans les débats tels qu'ils se sont déroulés, on a plus entendu les péroreurs que les professionnels, y compris financiers.