Par Cambacérès

A droite, un candidat semble émerger. Jetant discours après discours les bases d'un programme. Et ses annonces sont fortes, promettant beaucoup aux jeunes, aux entreprises, aux femmes qui travaillent, à celles qui sont privées d’emploi, aux oubliés de la croissance, aux chômeurs, et bien sûr aussi à ceux qui travaillent.

Des promesses, nous dira-t-on, qui engagent surtout ceux qui les écoutent. Mais des promesses qui n'ont rien de théorique, qui sont volontaires, séduisantes, et coûteuses, fort coûteuses. Déclamées sur un ton nouveau, courageux, une forme de parler vrai.

Jacques Chirac serait donc de nouveau candidat ? Non, c'est bien sûr de Nicolas Sarkozy dont il est question. Mais où est le candidat de la rupture, celui qui affrontait avec courage les vérités de l’époque, qui construisait un discours équilibré et responsable et le faisait vivre avec chaleur ? Le verbe est resté, mais l’esprit responsable et la réflexion audacieuse, équilibrée, se délitent à mesure que l'on approche de l'échéance.

Une sorte d’amnésie lui impose désormais de mettre en avant la dépense à venir sans jamais évoquer les économies qui la financeraient. De parler d'accroître la dépense dans l'enseignement supérieur, notoirement insuffisante dans notre pays, en oubliant les économies nécessaires dans l'enseignement secondaire, temple du gaspillage et du corporatisme. De promettre aux salariés à bas revenus de maintenir leur salaire en cas de chômage, sans parler de la limitation dans la durée de cette mesure, ni de sa dégressivité, pourtant toutes deux inévitables. Quand il ne s'agit pas de lancer des idées qui sont celles du programme du Parti socialiste, sur le service civique, la formation, ou encore le logement.

On prétendra que ces annonces ne constituent pas le futur programme, qu'elles visent à tester l'opinion, à provoquer l'adversaire, à engager le débat. Elles sont toutefois dangereuses, parce qu'elles existent et sont mal comprises, amenant chacun, quel qu'il soit, à se reconnaître dans un candidat qui devient flou.

Ce choix de repositionnement sera-t-il payant, qui éloigne le candidat de ce qui fut son public naturel en brouillant son image libérale ?

Ce serait penser qu'il veut réformer sans le dire, ce qui serait prétendument la seule voie possible dans un pays rétif à l'idée de changement plus peut-être qu'au changement lui-même. Ce serait effectivement prendre à contre-pied une société qui entend parler réforme sans jamais la voir.

Ce serait aussi prendre le risque d'être élu sur un malentendu, comme d'autres en d’autres temps. Et de rester durablement l'otage d’une opinion publique qui aime qu'on la flatte, plus qu’elle n'aime qu'on la serve.

Dire qu'il n'y a pas de courage en ce candidat serait mentir. Mais qu'il est dommage que ce courage se condamne à avancer masqué…

Cambacérès est le pseudonyme d'un magistrat à la Cour des comptes.