Par Rémi Barra, contributeur invité de Netpolitique.net et animateur de Palpitt - Metablog[1]

Par définition, les partis politiques sont des communautés de personnes partageant les mêmes convictions et les mêmes points de vue. Internet modifie leurs conditions d'excercice : il rend plus facile la mobilisation politique puisqu'il en diminue les coûts de coordination. Ainsi se forment autour des personnalités politiques de vastes agrégations de sites militants et/ou de blogs de soutien, fortement interconnectés. C'est ce que nous démontrent par exemple les brillantes analyses de Guilhem Fouetillou ménées sur la "Ségosphère", mouvement qui "se cristallise sous la forme d'un agrégat dense de sites thématiquement et hypertextuellement proches".

Un parti politique sur Internet porterait alors en lui la capacité de fédérer un grand nombre d'internautes autour d'une action. Lorsque l'on sait que l'engagement militant tend de plus en plus à s'installer au sein de structures en réseaux (cf. Fabien Granjon, L'Internet militant : Mouvement social et usages des réseaux télématiques), on comprend vite qu'Internet et plus particulièrement la blogosphère soient devenus les lieux privilégiés du militantisme. Par exemple, Dominique de Villepin (qui ne tient pas de blog personnel) bénéficie d'une présence sur la Toile grâce à de nombreux militants qui se font l'écho de l'ensemble de ses actions. Tout laisse à penser que l'action de ces cyber-militants va jouer à l'aube des présidentielles 2007 un rôle capital. Et ce à plus forte raison lorsqu'on sait que se forme petit à petit une notion d'e-performance des présidentiables, c'est-à-dire une compétence relative à leur image de marque sur l'Internet.

Selon les auteurs du numéro des ''Cahiers français'' sur l'Internet (n°295, dirigés par Jean-Yves Capul), nous assistons à "l'émergence d'un activisme politique inédit qui se donne pour objet Internet lui-même et revêt des formes très diverse". Une de ces nouvelles formes de militantisme s'est illustrée en 2001 lorsque, pendant les épisodes liés à la guerre en Irak, le président américain George W. Bush fut victime d'un bombardement Google : une attaque menée sur la Toile qu'on attribua aux Démocrates. Quelques jours après, c'est Michael Moore qui recevait le retour de flamme républicain en apparaissant à son tour en première position dans les résultats de recherche pour "miserable failure", le principe de ce bombardement Google. En France, la première victime fut notre actuel président Jacques Chirac (tapez "magouilleur" dans Google...) puis ce fut au tour de Nicolas Sarkozy (tapez "Iznogoud"). Cette année, Pascal Debrigueil, à l'initiative du projet sarkozy.affinitiz.com (un portail de soutien à Nicolas Sarkozy) lançait une cyber-campagne de décrédibilisation visant le Parti Socialiste et plus particulièrement François Hollande et exhortait les sympathisants de l'UMP à le rejoindre ("Il est indispensable que tous les sites et blogs proches de l'UMP et de Nicolas Sarkozy participent à cette opération pour qu'elle marche"). On se souvient de l'affaire soulevée par la déclaration de François Hollande "je n'aime pas les riches" : le blog jaimepaslesriches.typepad.fr créé pour l'occasion est actuellement en cinquième position lorsqu'on exécute une recherche pour "françois hollande" sur Google. Une attaque qui était aussitôt dénoncée par Valerio Motta, Secrétaire National du Mouvement des jeunes Socialistes, sur son blog.

Même si on ne peut pas attribuer le "succès" de ces bombardements (Google) à l'action collective d'un parti de manière totalement exclusive, il est certain que la qualité des réseaux politiques formés au préalable par les internautes en a constitué le noyau dur.

La caricature, la calomnie ou les campagnes de discrédit font partie d'une certaine tradition en politique et l'homme politique y est particulièrement vulnérable. Le "crédit" qu'on cherche à atteindre est justement celui que l'homme politique confère par sa personne à ses idées. Une attaque "ad hominem", comme le bombardement Google peut l'être, influe sur l'ensemble du discours et des idées auxquelles l'homme politique donne un certain pouvoir. En somme, elles répondent à une pratique militante, énoncée par Pierre Bourdieu, qui consiste à "discréditer les idées en discréditant leurs auteurs".

Notes

[1] , le site des phénomènes politiques sur Internet et par Internet.