Par Jean-Romain Fayard

Face aux défis de l'ouverture et de l'innovation, la France comme l'Italie seraient bien en peine de se donner mutuellement de précieux conseils de réussite. Aussi, mises à part les inoxydables questions liées au nationalisme énergétique, par exemple, la Péninsule effectue un retour à ses centres traditionnels d'intérêt pour notre pays. Même en lisant La Repubblica, on aura soin d'occulter les sujets sportifs et automobiles, qui représentent bien les huit dixièmes des articles sur la France. Pour le reste, que dit-on à son sujet ?

Le lecteur attentif de ce quotidien sera ravi d'y découvrir une analyse politique intitulée "Le socialisme, problème des socialistes", qui met, entre autres, en perspective (tant historique qu'européenne) les contradictions de ce courant, notamment en Italie et en France. Mais la désillusion ne tarde guère: le texte, traduit, est de Marc Lazar... Article prometteur suivant: "La nouvelle Révolution Française" (La Repubblica, 13 septembre) ; peine perdue, il s'agit de la vente des sex-toys en supermarché ! Il semblerait que le seul intérêt politique de la France se résume à des signes avant-coureurs de nouvelles révoltes dans les banlieues, à décrire à nouveau sur un mode apocalyptique. Quant au débat politique, les Italiens constatant actuellement les limites du gouvernement de centre-gauche chez eux, les joutes oratoires du trio socialiste français n'éveillent pas le moindre intérêt. Mais la droite, pour parler d'elle (et surtout du Berlusconisme), n'est pas encore assez regrettée pour que Sarkozy puisse déjà être la source d'inspiration du renouveau politique.

"Ce défi infini, du football à l'automobile" (La Repubblica du 19 octobre) : voilà enfin un article sur les relations entre nos deux pays. Le cliché y est assumé jusqu'à se livrer au décompte des points dans des domaines aussi originaux que le foot, la F1, les vins, la mode, l'industrie automobile... Naturellement, le foot : c'est eux. La F1 : Schumacher et Ferrari restent les plus grands. Le prêt à porter : c'est Milan. Quant aux voitures, la France en produit 3 millions, l'Italie 760.000, "ma i numeri non sono tutto nella vita". Qui ne s'en serait douté ? La gastronomie est aussi appelée en renfort : "Paris est conquise par la richesse des Abruzzes". Vu l'excellence de leurs produits, voilà enfin une sérieuse et excellente nouvelle. Le comte de Lampedusa avait donc bien raison: il faut que tout change pour que tout demeure...