En même temps qu'elles se fondaient sur des illusions successives, comme le partage du travail ou la "guerre aux licenciements", nos politiques de l'emploi s'écartaient des solutions à l'efficacité pourtant éprouvée.[1]

Payer le travail moins cher

En France, le travail coûte cher. Un salarié au SMIC perçoit 990 euros net, quand son employeur, malgré les allègements de charges sur les bas salaires, débourse 1 500 euros. C'est un montant très largement au-delà des minima en vigueur dans les autres pays développés .

D'où l'idée de faire baisser le coût du travail pour augmenter la demande. Le SMIC n'a pas été touché ; en revanche, les pouvoirs publics ont procédé à des allègements de charges sur les bas salaires avec un résultat concluant dans un premier temps : on parle de 330 000 emplois créés ou préservés. Par la suite, l'efficacité du dispositif s'est grippée, pour deux raisons :

  • après la réduction du temps de travail, les allègements sont devenus "défensifs" ; il s'est agi de compenser les hausses du SMIC et non pas de diminuer le coût du travail ;
  • les autres dispositifs d'allègement du coût du travail ont été utilisés pour inciter au recours à des contrats aidés.

En somme, le levier de la baisse du coût a été utilisé à des fins trop différentes pour garder son efficacité.



La souplesse au compte-gouttes

Un autre moteur de la demande de travail réside dans l'allègement des contraintes réglementaires propres au contrat de travail, afin d'accroître la fluidité et le dynamisme du marché de l'emploi

Dans le monde du travail français, les "espaces libres", faiblement réglementés, sont tellement rares que, chaque fois qu'il s'en ouvre un, chacun s'y précipite. Le succès des stages en est un exemple, avec d'ailleurs de nombreux abus qui naissent de la marginalité du dispositif.

Il est encore trop tôt pour juger des effets du contrat nouvelle embauche (CNE) mais l'on sait déjà, selon les déclarations des employeurs, que 30 % des embauches en CNE correspondent à des embauches supplémentaires à court terme, et que sur les 70 % d'embauches en CNE restant, plus de la moitié serait intervenue en CDD si le CNE n'avait pas existé.

De manière plus générale, pas un seul pays où le taux de chômage est faible ne dispose d'une législation du travail contraignante. L'assurance-chômage peut être plus ou moins généreuse ; en revanche, que ce soit au Danemark ou aux Etats-Unis, il n'y a pas d'obstacles d'importance au licenciement. Si les faits n'ont pas toujours tort, il va donc bien falloir réviser nos stratégies.

Notes

[1] Ce billet est issu d'une réflexion conduite avec Michel Bon, ancien directeur général de l'ANPE et président du conseil de surveillance de Devoteam, et Eric de Ficquelmont, directeur des ressources humaines du groupe Veolia.