La confédération syndicale internationale vient de voir le jour. Dans l'indifférence générale, ou presque.

Qui en France pourrait pourtant contester l'intérêt d'une telle confédération, qui permettra de donner corps à un "monde social", d'accélérer la progression du pouvoir d'achat et des conditions de travail dans les pays à bas salaires, et de donner une contrepartie sociale à la mondialisation des marchés de biens et de capitaux ? Il est peu de métiers, et peu de catégories socio-professionnelles qui n'auraient de bonne raison de saluer cette création, à l'heure où ne sont épargnés ni les services informatiques (délocalisés en Inde), ni les services financiers haut de gamme (une grande banque anglo-saxonne a récemment annoncé la création de centaines de postes dans ce même pays, pour l'élaboration de produits financiers très sophistiqués), ni les services de santé (de plus en plus de patients vont se faire opérer dans les pays à bas salaires pour des opérations non remboursées, et les cliniques américaines font réaliser une partie des analyses radiologiques en Inde), ni les services de vieillesse (il existe un statut fiscal spécifique pour les retraités européens qui se font verser leur retraite au Maroc), ni même les services publics (les guichets d'information par téléphone sont pour certains externalisés à l'étranger).

La classe politique a, étonnamment, peu parlé de l'évènement. Certes, la création d'une telle organisation ne rélève pas, à proprement parler, de leurs prérogatives ou de leurs projets (voir cependant cette référence, page 193). Mais on aurait aimé que les voix, nombreuses lorsqu'il faut réagir à un drame social, le soient tout autant pour accueillir la naissance d'une initiative aussi salutaire. Tout au moins aurait-on pu attendre quelques encouragements de la part des centrales syndicales françaises (CGT, CFDT, FO et CFTC) qui ont adhéré ensemble à cette initiative - la gauche aurait pu y voir une alliance salutaire des forces sociales, et la droite une union qui, cette fois, ne se serait pas faite contre un programme gouvernemental. Mais non : rien !

On aurait pu attendre, également, que le patronat s'en félicite : en effet, quels meilleurs alliés pourrait-il trouver dans la recherche d'une compétition "non faussée" avec les pays émergents ? Comme on le sait, une augmentation des charges et du coût du travail dans les pays à bas salaires aurait le même effet que la baisse des charges qu'ils invoquent régulièrement. Et pourtant, rien de ce côté-là non plus.

Un peu comme si ce silence venait confirmer une réalité dérangeante : trop concentrés sur leurs débats français, nos décideurs voient le monde leur échapper - autant dans ce qu'il a de pire que dans ce qu'il a de meilleur...