"Qu'est-ce qu'une société plus juste ?". Non, ce n'est pas le sujet du bac de philo 2007. Il s'agit en l'occurrence du thème choisi par la réunion annuelle de l'association catholique Les Semaines Sociales de France (SSF), qui se tiendra à Paris du 24 au 26 novembre. Et ce sujet mérite, me semble-t-il, d'être au coeur de nos débats. Il l'est de fait, mais souvent comme un prétexte, un paravent de fumée, un voeu pieux, voire une utopie électoraliste.

En présentant le thème de cette réunion, Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international et actuel président des Semaines sociales de France, a rappelé qu'actuellement 20% de la population mondiale se partagent 80% des revenus. Il a également relevé "les multiples visages" de l'injustice, citant le chômage, les difficultés d'insertion, la précarité. "Clairement, l'injustice est partout, évidente ou rampante : c'est l'un des problèmes clés de notre société, sinon le premier", selon lui.

Mais cette question m'interpelle. Qu'entend-on par "injustice", et partant par "justice" ? A l'origine, la justice, c'est tout simplement "l'application de la loi". Un juge est chargé d'être juste, donc d'appliquer la loi, même si elle crée une inégalité. Bien sûr, on peut m'objecter qu'au nom des trois fondements de la République, "liberté, égalité, fraternité", la justice passe nécessairement aussi par une certaine "égalité de traitement". Peut-on pour autant récupérer le terme de justice pour dire tout et son contraire, notamment dans les programmes politiques ? Je ne le pense pas. Voilà pourquoi, j'ai décidé de vous parler de cette réunion que, personnellement, je suivrai de près.

Des conférences et des ateliers de réflexion sont au programme de ces journées, avec notamment les interventions, vendredi 24, du député européen Bronislaw Geremek, sur les injustices dans la société occidentale, et de Jérôme Vignon, directeur pour la protection sociale à la Commission européenne, sur la crise de notre modèle social et la place du travail dans la société.

L'ambition de ces journées de réflexion et de débats est de définir les fondements d'une société plus juste, de présenter des initiatives prises dans ce domaine et d'être une "force de proposition pour construire une société plus juste", selon les organisateurs.

Ne croyez pas que les SSF soient sans impact sur notre société. Créées par des chrétiens il y a un siècle, elles ont contribué à plusieurs réformes d'ordre économique et social comme l'assurance-chômage, le RMI ou le congé-formation. Les précédentes réunions annuelles des SSF ont été consacrées à la violence (2002), l'argent (2003), "L'Europe, une société à inventer" (2004) et "Transmettre, partager des valeurs et susciter des libertés (2005).

Gageons que tous les candidats à l'élection présidentielle veulent que la société française soit plus juste. Mais entre Nicolas Sarkozy qui veut "imaginer la France d'après" (slogan de l'UMP) et les "Désirs d'avenir" de Ségolène Royal, on cherche encore les contours de ce qui, sincèrement, serait pour eux "une société plus juste".