20 % de baisse : tel est le risque de détérioration du Produit mondial avant la fin du siècle si rien n'est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Sir Nicholas Stern, ancien économiste de la Banque mondiale, le constate dans un rapport commandé par Gordon Brown, le successeur probable de Tony Blair. Le scénario "catastrophe" du rapport fait état des risques d'élévation de température de 4° à 5° d'ici à 2050, ce qui entraînerait des crises d'une ampleur comparable à celles qui ont suivi les grandes guerres et lagrande dépression de la première moitié du XXème siècle. La version plus optimiste consiste à dire que l'ensemble des pays du monde – tous concernés – limiteraient beaucoup les dépenses que ces crises provoqueraient en consacrant chaque année 1 % de PIB à la lutte contre les gaz à effet de serre.

Ce rapport a le mérite de chiffrer le coût d'une politique (ou d'une non- politique) de maîtrise du CO2. Il doit être prolongé par d'autres prises de conscience sur le fonctionnement de nos économies et cela d'autant plus que les gaz à effets de serre ne sont pas les seuls risques écologiques. Les grandes villes sont polluées, les plus récentes ne sont pas en mesure de traiter les déchets, le manque d'eau, la mer est une poubelle, les sols se désertifient…

La prise en compte des exigences écologiques (écologie et économie veulent dire presque la même chose : la gestion de la maison ; mais l'économie en ignorant les prélèvements sur la nature a sous-estimé les coûts réels) n'ira pas sans bousculer le fonctionnement des entreprises et les orientations de la consommation. Elle n'est pas un médicament, elle doit devenir, pour être efficace, une médecine générale. Il faut "boucler la boucle".

Les candidats aux élections qui présenteraient des programmes pour satisfaire la mode mais sans aborder vraiment toutes ses dimensions ne seraient que des charlatans et des truqueurs. A titre d'exemple on peut évoquer trois sujets relatifs au défi écologique qu'il faudra bien aussi avoir le courage d'aborder :

  • La lutte contre l'effet de serre suppose-t-elle une modification des pratiques actuelles de transport ? La réponse est oui. Quelles seront les conséquences des évolutions souhaitables sur les prix – par exemple des billets d'avion – mais aussi sur les pratiques commerciales ? Si l'on fait peser sur le prix d'une chemise venant du Bangladesh le coût réel des transports en y incluant les "emprunts" à la nature, qui paiera ? Le producteur ? L'acheteur final ? Le distributeur ?
  • Des efforts considérables de réduction de consommation d'énergie sont à fournir par les particuliers, notamment pour les logements. Même s'il y a des aides (qui se répercuteront sur les contribuables), l'essentiel de la dépense sera supporté par les ménages. Quel en sera l'effet sur le budget familial ?
  • La politique "écologique" se traduisant mécaniquement par des hausses de prix, seul vrai moyen de freiner la consommation, quelles réponses apporteront les responsables publics ou privés aux demandes d'augmentation de salaires ou d'aides ? S'ils cèdent à la pression, la réponse sera l'inflation qui est contraire à toute politique sérieuse de développement soutenable parce qu'elle consiste à consommer aujourd'hui ce que d'autres – ou les mêmes – paieront demain.

On attend de l'INSEE et des autres organismes d'études et de prévision qu'ils intègrent ces problématiques dans leurs travaux et surtout que les écologistes sérieux et les politiques responsables en tiennent compte.