Dans les questions qui sont au cœur des prochaines échéances électorales de notre pays, les enjeux éducatifs figurent - enfin - en bonne place ; et singulièrement ceux de l'enseignement supérieur.

La réussite d'un système éducatif dépend d'une infinité de facteurs. Ce sont les succès respectifs de chacun d'eux, harmonieusement combinés, qui donnent à l'ensemble son efficacité la meilleure. Autant dire d'emblée que cette situation idéale ne se rencontre pratiquement jamais. Certains pays s'en approchent pourtant mieux que d'autres. Comme partout dans le monde, nous sommes toujours en recherche de performances améliorées. Dans cette perspective ou dans cette quête, tous les facteurs de succès n'ont pas la même importance relative.

En France, il en est un, trop longtemps sous-estimé, voire ignoré, dont on mesure beaucoup mieux aujourd'hui qu'hier, le poids déterminant dans un cheminement scolaire ou universitaire réussi : l'ORIENTATION.

Qui a jamais mesuré le coût d'une orientation ratée ?

Et quel coût ! Personnel, psychologique, familial, social, économique, financier et éducatif !

Quand on y réfléchit un tant soit peu, une orientation ratée est un des échecs les plus graves que peut générer un système d'éducation. Et que disent sur ce plan les "grandes voix" qui répètent depuis si longtemps avec bonne conscience que la mission de l'Education est de conduire tout jeune jusqu'au bout de ses potentiels, de le préparer à entrer dans sa vie active et professionnelle et d'en faire une personne autonome et citoyenne, bref bien dans sa peau ?

Dans l'organisation de notre système de formation, qui peut affirmer sérieusement aujourd'hui que l'orientation des cheminements scolaires et universitaires est une priorité, qu'elle répond aux attentes des jeunes et de la société, que ses personnels sont les mieux qualifiés, que leur rôle est reconnu et valorisé ?

Ce déficit d'"orientation" n'aurait-il pas sa part de responsabilité dans le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans, qui s'élève à 22% dans notre pays (plus d'un jeune sur cinq) alors qu'il est inférieur à 9% dans le reste de la population ? Ce taux de 22% représente aussi 6 points de plus que dans la zone Euro (16%) et onze points de plus qu'en Allemagne (11%). Serait-il une spécificité ou une fatalité françaises ? Nul ne peut s'y résoudre.

Ce déficit d'"orientation" n'expliquerait-il pas également, pour une autre part, que sur une génération proche de 800 000 jeunes, 150 000 sortent chaque année du système éducatif sans le moindre diplôme, et que 150 000 étudiants diplômés de l'enseignement supérieur trouvent un premier emploi dans un tout autre secteur que celui où ils ont étudié ?

En réalité, en raison de son mauvais fonctionnement, l'"orientation" est l'un des maillons les plus faibles du système éducatif français. Il y a une vérité, presque une loi, que l'expérience m'a appris et que j'énoncerai de la manière suivante : quand une formation est comprise, désirée, choisie, 50% des conditions de sa réussite sont réunies ; quand, au contraire, elle est n'est pas choisie, désirée, comprise, c'est-à-dire imposée, ce sont 50% des conditions de son échec qui se trouvent réunies.

En effet, à l'infinie diversité des talents, des aptitudes, des désirs, des passions de la jeunesse doivent pouvoir correspondre des réponses aussi personnalisées que possible en termes de formation. Tant il est vrai qu'on ne fait bien que ce qu'on aime.

Alors comment procéder pour que l'orientation scolaire et universitaire améliore ses performances, qu'elle réussisse en quelque sorte cette rencontre délicate, subtile et un peu mystérieuse, entre une demande ou désir de formation et une proposition ou une offre qui lui corresponde ? Entre une attente parfois (souvent) mal formulée et une réponse individualisée ?

Quand on interroge les jeunes sur leur avenir, sur les professions ou métiers qu'ils souhaiteraient exercer, ils se classent presque toujours en trois catégories d'importance comparable : ceux qui savent et qui sont presque sûrs de leurs choix (même s'ils ne parviennent pas toujours à le réaliser), ceux qui ne savent pas (et qui ne cherchent pas à savoir) et ceux, plus proches des seconds que des premiers,qui ne formulent aucun désir ou projet, mais qui se révèlent fermes dans le rejet de ce qui leur est proposé ; on peut parvenir à savoir ce dont ils ne veulent pas sans parvenir à connaître ce qu'ils désirent.

Faire un bon cours est certainement beaucoup plus facile que de donner à un jeune les critères convaincants et les repères réalistes pour définir efficacement les choix de son avenir.

Les progrès à accomplir relèvent de trois champs d'action distincts et complémentaires.

Si l'orientation devient une vraie priorité, elle doit être l'affaire de tous les acteurs qui connaissent l'adolescent ou l'étudiant, son organisation dans le système éducatif doit être revue et modernisée et les personnels qui s'y consacrent mieux recrutés et formés. On se penchera, dans les billets à venir, sur chacun de ces trois champs d'action.