Après l'adoubement de Ségolène Royal par les socialistes, la semaine qui s'ouvre place le projecteur sur la droite : Nicolas Sarkozy, François Bayrou et, peut-être, Michèle Alliot-Marie.

Investie dimanche comme candidate du PS pour l'Elysée, Ségolène Royal laissera la vedette cette semaine à la droite, avec l'entrée officielle dans la course présidentielle de Nicolas Sarkozy et François Bayrou.

Nicolas Sarkozy, tout d'abord. Il pourrait, à moins d'une surprise de calendrier, annoncer sa candidature à la présidentielle jeudi sur France 2, où il sera l'invité de l'émission "A vous de juger", ou le lendemain à Angers, où il tient une réunion publique. Mais le suspense n'en est pas un, seule la date reste à déterminer. Le président de l'UMP s'est fait le chantre de l'écoute. Il écoute, écoute, écoute, mais entend-il ? ça, c'est une autre question.

Reste qu'il a décidé de lancer une compétition interne à l'UMP. Si Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin refusent d'entrer dans le jeu, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, qui vient de créer son club, Le Chêne, pour défendre des convictions gaullistes, pourrait se porter candidate à la candidature. L'UMP (donc Nicolas Sarkozy) a fixé au 31 décembre la date limite de dépôt des candidatures à la candidature. Et Michèle Alliot-Marie de laisser planer le doute. Après les primaires - jugées réussies - au Parti socialiste, Nicolas Sarkozy a lui-même encouragé d'autres personnalités de son camp à concourir pour la candidature UMP. "Nous verrons avant le 31 décembre si je demande le soutien financier et matériel de l'UMP dans le cadre des procédures qui ont été fixées" a déclaré Michèle Alliot-Marie cette semaine. Mais elle a ajouté, prudente, qu'elle ne demanderait ce soutien que si ses "idées rencontrent un écho non seulement à l'UMP, mais aussi de la part des Français". Mais comment va-t-elle s'y prendre ? Pleines de qualité, cette femme qui paraît froide mais qui ne l'est pas (tout le contraire de Ségolène), a fait ses preuves à la tête d'un ministère clé dans une période où l'instabilité internationale s'aggrave de jour en jour. Mais... se réclamer du gaullisme, en 2006, est-ce rassembleur ? Chez les jeunes, sûrement pas. Et chez les autres... je ne saurai répondre. Alors, à suivre ?

Autre annonce attendue cette semaine, celle du leader centriste François Bayrou, qui fera le 2 décembre sa déclaration officielle de candidature à la présidentielle dans son Béarn natal. Selon le calendrier arrêté par l'UDF, les candidats potentiels ont jusqu'au 5 décembre pour se faire connaître, mais François Bayrou devrait a priori être seul sur les rangs.

Au vu des sondages, Chirac a intérêt à faire ses cartons. Et, toujours selon les sondages, Jean-Marie Le Pen recueillerait, si l'élection avait lieu demain, 17% des suffrages.

Le problèmes est là. Nous savons tous que Le Pen draine des voix à droite mais aussi à gauche. Non pas des voix d'électeurs qui ont peur, mais des voix de Français en colère.

Et cette colère monte, gronde. D'autant que chaque jour apporte son lot de faits divers révoltants. Le drame de l'après-match, Porte Saint Cloud, fait trembler. Un policier en civil, antillais donc de couleur noire, tente de protéger un supporter de l'équipe d'Israël. Poursuivi par des nervis gaulois, soit-disant partisans du PSG, il tire. Bavure ? Légitime défense ? Quand va-t-on cesser de faire l'amalgame entre les délinquants, qui seraient tous noirs, juifs ou arabes, en dédouanant les blancs ? Quand va-t-on, à l'inverse, cesser d'excuser tous les voyous sous prétexte qu'ils sont immigrés et mal intégrés, donc malheureux ?

La France, terre d'asile, a depuis toujours accueilli - et c'est tout à son honneur - les immigrés. Beaucoup se sont intégrés, certains ont même pris, avec fierté, la nationalité française. Et cette catégorie d'immigrés en a assez de l'amalgame. Michèle Alliot-Marie a raison lorsqu'elle dit, sous les huées organisées de certains militants de l'UMP, que tous les jeunes ne sont pas des délinquants. Nicolas Sarkozy a raison lorsqu'il veut la "tolérance zéro" pour les voyous, "la racaille", comme il dit. Mais va-t-on enfin reconnaître à droite comme à gauche que la France est en colère mais profondément démocratique ? Quand va-t-on cesser les querelles de Clochemerle et s'attaquer au vrai problème, qui est purement économique ? Car - au risque d'en choquer certains - je dis que l'économie passe avant le social, car c'est la croissance qui crée l'emploi et non l'inverse.

De ce point de vue, le (ou la) prochain(e) président(e) de la République devra s'attaquer à l'essence du mal et ne pas se contenter de couper les mauvaises herbes sans arracher les racines. Alors, Ségolène, Nicolas, François... ou Michèle, oui mille fois oui, à condition de cesser de tenter d'endormir les Français (qui ne sont pas dupes) avec des promesses démagogiques. Peut-on croire à ce miracle ? Allez, je veux y croire !