"La" réforme fiscale - celle qui viendra, tout à la fois, rendre l'impôt plus équitable, la France plus attractive, et l'administration plus performante - est un mythe au moins aussi puissant que les quatre dont j'ai fait l'analyse dans un précédent billet. Sans rêver à un bien improbable "grand soir" fiscal, néanmoins, une réforme de grande ampleur de notre fiscalité est nécessaire – et elle est possible, sous certaines conditions.

Première condition, un engagement constant et puissant du sommet de l'Etat, avec une grande capacité de résistance aux nombreuses et fortes oppositions qui ne manqueront pas de se manifester. De telles conditions ne seront réunies que si la réforme a fait l'objet d'un "contrat" avec le pays à l'occasion de la campagne électorale et si elle est mise en chantier dans les premiers mois de la législature. En outre, les principes de la réforme doivent faire l'objet d'un minimum de consensus au-delà de la famille politique qui remporte l'élection pour pouvoir résister, au moins dans ses grandes lignes, à une alternance. Il n'y a aucun effet positif pour la compétitivité du pays dans l'adoption d'une mesure fiscale immédiatement accompagnée de l'annonce, par l'opposition, qu'elle sera annulée en cas de changement politique.

Par ailleurs, une réforme fiscale est plus facile lorsqu'elle s'accompagne d'une baisse globale des prélèvements obligatoires, mais elle ne peut alors pas être durable si elle ne s'accompagne pas d'une forte réduction de la dépense publique. Si la convergence de tous les exemples étrangers est claire sur les deux conditions ci-dessus, elle l'est moins sur l'ordre dans lequel les choses doivent se faire : compte tenu de l'importance du déficit budgétaire, la rigueur commande d'attendre d'avoir progressé dans la maîtrise de la dépense avant de faire la réforme fiscale, puisque celle-ci ne peut pas – on l'a vu - se faire à enveloppe constante. Mais si on ne fait pas la réforme fiscale au début de la législature, il y a de grands risques qu'elle ne se fasse jamais. C'est pourquoi certains prennent le risque de se mettre en déséquilibre en baissant les prélèvements fiscaux sans attendre le plein effet des mesures de maîtrise de la dépense. L'exemple le plus frappant de cette méthode est la réforme, déjà ancienne de Ronald Reagan aux Etats-Unis. Mais il y a des exemples contraires, plus respectueux de l'orthodoxie budgétaire, et d'ailleurs plus récents, notamment au Canada et en Suède.

Différence de culture ou différence d'époque ? Gageons en tout cas que, pour ceux qui prôneront une baisse de pression fiscale dans le débat électoral qui vient, le thème de la symétrie entre baisse des recettes et des dépenses risque de ne pas être consensuel !