Il y a vingt ans, l'ordonnance du 1er décembre 1986 mettait fin au contrôle des prix en France et posait le principe d'une régulation des prix par la concurrence. La crainte de voir l'inflation déraper était alors très répandue, car on ne pouvait évidemment pas faire confiance au marché, mais qu'est-il arrivé ? L'inflation a été durablement éliminée.

Au début des années quatre-vingt, le taux d'inflation était nettement supérieur à 10 % et, à part quelques "ultralibéraux", personne n'imaginait la combattre autrement que par les contrôles de l'administration sur les prix. Ces contrôles furent d'abord relâchés sur les prix des produits industriels car il devenait tout de même assez clair que la pression de la concurrence des importations pouvait en freiner la croissance. Mais libérer les prix des services ne pouvait que provoquer leur envolée selon l'opinion alors la plus communément admise.

L'ordonnance de décembre 1986 libéra pourtant tous les prix, à quelques rares exceptions près, et le taux d'inflation ne repassa jamais au-dessus de 4 %. Sur les dix dernières années, le maximum fut de 2,2 %. La hausse des prix des services a toujours été un peu plus forte, ce qui est tout-à-fait normal car les gains de productivité sont naturellement plus faibles dans ces activités plus difficilement automatisables, mais elle a décru comme l'inflation générale et n'a jamais dépassé 3 % au cours des dix dernières années.

L'indice des prix construit par l'INSEE est certes souvent critiqué mais sa sous-estimation éventuelle, et non démontrée, de l'inflation serait de l'ordre de quelques dixièmes de points ce qui nous laisserait encore très loin des 13,5 % de hausse constatés en 1980.

Le contrôle des prix reposait sur l'idée que l'administration peut déterminer le "juste prix" des biens et services, celui qui assure un juste équilibre entre les intérêts des entreprises et des consommateurs. Pour fixer le juste prix de chaque produit, il faudrait cependant avoir beaucoup d'informations sur ses conditions de production et sur la demande des consommateurs puis savoir utiliser ces informations, ce qu'aucune administration n'est capable de faire. Si le marché est souvent myope, l'administration est aussi souvent aveugle. Le contrôle des prix avait peu d'impact réel sur l'inflation mais pouvait en revanche restreindre les investissements et les embauches en pesant excessivement sur la rentabilité des entreprises.

Aujourd'hui, les prix sont libres mais il est couramment admis que les fonctionnaires et les juges pourraient connaître les "bons" effectifs d'une entreprise et devraient contrôler strictement l'opportunité et les modalités des licenciements économiques. Ce contrôle est cependant aussi aveugle que le contrôle des prix. Il reste néanmoins que les licenciements ont un coût pour la société, notamment d'indemnisation des salariés qui en sont victimes, et qu'il faut faire supporter ce coût aux entreprises qui licencient, par exemple en leur appliquant des pénalités financières de la même façon que les assureurs automobiles pénalisent les conducteurs responsables d'accidents. Les Etats-Unis mettent en œuvre un tel système de bonus / malus depuis longtemps dans le cadre de l'assurance chômage.

Nous avons fini par admettre que le contrôle des prix ne sert à rien. Il reste à admettre que les interventions des administrations ou des tribunaux sur le niveau de l'emploi dans les entreprises n'ont pas plus d'intérêt et que les licenciements abusifs doivent être combattus autrement.