Il fallait s'y attendre. Le premier déplacement de Ségolène Royal, en tant que candidate officielle du PS au Proche-Orient, a déclenché la polémique en France. Gageons que plus on avancera dans la campagne, plus la bataille risque d'être... moche. En décidant de se rendre dans cette région, Mme Royal a fait le choix d'aller, comme l'avait dit en son temps le général de Gaulle, "vers l'Orient compliqué avec des idées simples". Mais les temps ont changé, la situation bien différente et les adversaires de la candidate l'attendaient au tournant. Ils ne l'ont pas ratée.

Que sait-il passé ? Vendredi, Mme Royal a rencontré des députés libanais, parmi lesquels un élu du Hezbollah, Ali Ammar, qui a assimilé le comportement d'Israël au Liban au "nazisme". Aussitôt, la droite a dénoncé "une faute lourde", d'une candidate "ne connaissant pas ses sujets". Mais Mme Royal, et l'ambassadeur de France qui était à ses côtés, affirment n'avoir pas entendu cette phrase, sinon, a-t-elle expliqué le lendemain, elle aurait "quitté la salle".

Dimanche, François Hollande a volé au secours de sa compagne, expliquant qu'elle n'avait eu qu'une traduction abrégée des propos d'Ali Ammar, contrairement aux journalistes sur place qui n'avaient pas la même traductrice, et ont entendu, eux, cette phrase.

Sincèrement, pour être moi-même journaliste, je me souviens d'une conférence de presse à la Bundesbank, il y a plusieurs années déjà, où j'écoutais les propos du gouverneur de l'époque Hans Tietmeyer dans un casque en traduction anglaise. A côté de moi, une consoeur française qui parlait parfaitement l'allemand a lu mes notes et m'a dit : "Mais il n'a pas du tout dit ça". Grâce à elle, je m'en souviens encore, j'ai évité LA bourde. Tout cela pour affirmer que l'erreur ou l'omission de traduction est possible, voire courante.

Pour autant, en l'espèce, on peut se demander si cette phrase, précisément, a vraiment été omise, et si oui, pourquoi ?

En tout état de cause, l'amateurisme, car il y a amateurisme, est de ne pas s'être assuré AVANT de la qualité (voire de l'honnêteté) de la traductrice. Mais la réaction politicienne de la porte-parole de l'UMP, Valérie Pécresse, qui a qualifié de "vraiment inexcusable et inqualifiable" que Ségolène Royal ait attendu "24 heures pour réagir" est navrante.

Notre ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a évoqué "le droit à la sécurité pour Israël", jugeant qu'il ne fallait pas aller en Orient avec des idées "simplistes", et Julien Dray, porte-parole de Ségolène Royal, a rétorqué à l'enseigne du ministre : "Si c'était une flèche, ça se saurait et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en matière de politique diplomatique, il n'a pas brillé".

Le vrai débat est ailleurs et bien plus grave. On peut considérer, comme François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, qu'"accepter de parler avec un membre du Hezbollah, organisation qui prône la destruction d'Israël, était déjà une faute". Ou avec François Bayrou, candidat de l'UDF, que les élus du Hezbollah ne peuvent "pas être regardés comme des élus du Liban comme les autres".

En résumé, sur un sujet aussi brûlant que celui de la situation au Proche-Orient, on a assisté à une bien triste partie de ping-pong politicien bien gauloise. Cela promet... et je me demande si un blog comme le nôtre sera suffisant pour élever le débat.

Notre avenir, celui de nos enfants, celui du monde est pourtant en jeu.