Par Netpolitique.net[1]

Nicolas Sarkozy n'a finalement pas annoncé sa candidature sur internet, comme certaines rumeurs l'avaient laissé entendre, mais sa déclaration de candidature a bien été révélée en premier lieu sur le web, sur le site de Libération.

Le choix des médias de masse (presse et télévision) est sans aucun doute plus judicieux qu'une annonce en ligne, qui présentait plus d'inconvénients (apparence de faire du jeunisme, média froid et inaccessible pour une grande partie du public, injure faite aux médias traditionnels) que d'avantages apparents (gage de modernité, générer un buzz original autour d'un "non-évènement", intervention directe au sein du nouvel espace public)[2]

Retard à l'allumage ?

Pour autant, on ne peut que s'étonner du vide apparent sur internet depuis cette déclaration de candidature. Un mini-site de soutien a bien été mis en place "dans la foulée de la déclaration de candidature" (dixit) par l'Association Nationale des Amis de Nicolas Sarkozy, une association de soutien basée à Limoges, mais point de site officiel de campagne depuis lors.

Plus surprenant encore, le fameux portail des blogs de l'UMP, conçu pour fédérer et démultiplier les voix de la blogosphère pro-Sarko, semble aphone, le dernier billet proposé au visiteur de passage remontant au …25 septembre dernier. Un lecteur du blog amiral de l'UMP ronge son frein : "Quand allez-vous coller à l'actualité pour rendre ce blog réactif ? 600 Posts, hier soir sur le site de Libé, où ça a castagné dur entre les pro et anti Sarko. J'espère qu'on va enfin se réveiller ici."

Cette net-campagne en apnée est d'autant plus surprenante que Nicolas Sarkozy avait été le premier, il y près d'un an, à donner le coup d'envoi de la campagne en ligne, en déclarant lors de sa fameuse interview-podcast, à propos d'internet, que "les gens ont abandonné les autres médias et que la seule façon de leur parler c'est de leur parler sur ce nouveau média", et d'ajouter "la France profonde, elle est là. Donc moi, je veux défendre mes idées là où sont les gens".

Cette avance initiale de l'UMP sur le média internet a depuis progressivement fondu. Le dernier état des lieux fourni par le Blogopole – qui ne représente cependant qu'un échantillon - donne à voir une présence en ligne de l'UMP plus réduite que celle du PS, et inférieure même à celle de l'UDF.

Le PS passe la seconde

Fort de l'expérience de la campagne des primaires socialistes, et du galop d'essai de la féroce net-campagne qui a opposé les candidats à la candidature, le PS aborde de son côté le tournant de la fin d'année sans ralentir.

Après avoir recruté plusieurs dizaines de milliers de nouveaux adhérents via internet, le parti de François Hollande s'emploie désormais à recruter par ce même biais des e-militants pour mener la "guérilla numérique" annoncée par Vincent Feltesse à l'occasion du forum d'Issy les Moulineaux sur la net-campagne.

La "régionalisation" de la net-campagne

Le maillage militant de la Toile est un processus de longue haleine de construction d'un réseau virtuel, et de plus en plus, de réseaux dans le Réseau. C'est la stratégie adoptée par les partisans de Ségolène Royal, qui s'emploient désormais à "décentraliser" la net-campagne en essaimant des comités locaux dont l'action militante devrait le moment venu se matérialiser offline autant qu'online.

L'enjeu de la constitution de réseaux e-militants n'a cependant pas échappé à Thierry Solère, conseiller ès blogs de l'UMP, qui cette semaine encore exhortait les supporters de Nicolas Sarkozy à créer leur blog pour soutenir leur candidat, et rappelait, dans une interview à La Croix, le projet de constitution d'une fédération numérique. A compter du mois de janvier, l'UMP ne pourra en effet plus compter sur les Google Ads pour recruter des sympathisants et alimenter ses bases de données. L'extension du dispositif online est donc essentiel pour l'UMP pour renforcer la position du candidat Sarkozy sur la Toile au regard de la montée en puissance des réseaux de ses adversaires.

Dominique de Villepin a beau jeu de rappeler que la campagne présidentielle se jouera dans les deux derniers mois qui précèdent le scrutin. C'est sans doute vrai pour la campagne traditionnelle, mais sur le web, la net-campagne se joue maintenant.

Notes

[1] , le site des phénomènes politiques sur Internet et par Internet.

[2] La palme de la plus mauvaise idée en la matière revient sans doute à cette proposition d'acheter "tous les mots-clés de Google".