Depuis le lancement de sa propre campagne, comme chacun a pu largement le constater, Ségolène Royal n'a jamais hésité à prendre ses distances avec le programme de synthèse du PS. En termes de technique de communication, elle ne cesse d'occuper la scène médiatique en lançant régulièrement des idées qui feront partie plus tard d'un programme définitif plus global et – espérons-le – cohérent. J'y vois là une analogie particulièrement frappante avec un graphique connu de la plupart des technophiles, le Gartner Hype Cycle. Lançons donc ensemble un nouveau concept avec Débat 2007.fr : le Royal Hype Cycle.

Introduction au Gartner Hype Cycle

Gartner, cabinet d'analystes américain, livre chaque année une version graphique du positionnement des technologies émergentes en fonction notamment de leur niveau de maturation, de leur visibilité (et souvent le niveau de valorisation des investissements financiers associés), et de leur délai d'adoption réel sur le marché.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce graphique, vous pourrez y voir notamment où se positionne le Web 2.0, i.e. en pleine bulle… Avis aux investisseurs ?!

Personnellement, j'apprécie toujours ce graphique, car même si on y découvre des changements notoires d'une année sur l'autre qui évitent aux analystes des camouflets, la mise en perspective et l'exercice intellectuel de prédiction sont particulièrement stimulants.

Traduction dans le monde médiatico-politique de 2007

Il est désormais évident pour tous que la pré-campagne que nous vivons actuellement annonce une évolution majeure du marketing politique.

Pour autant, il apparaît également que chaque candidat emprunte des stratégies de diffusion de leurs idées assez différentes : le programme législatif de l'UMP, sur lequel Nicolas Sarkozy va largement s'appuyer, joue la suraccumulation de mesures assez précises ; François Bayrou souhaite lui jouer la surprise en livrant ses principales mesures au plus tard dans la campagne.

Ségolène Royal, enfin, qui ne souhaite pas être tenue par le programme du PS, occupe la scène médiatique en délivrant régulièrement et méthodiquement des idées, les siennes et celles théoriquement issues du processus de démocratie participative.

Il y a les idées qu'elle retiendra et celles que les médias finiront par oublier. Il y aura des meurtres médiatiques qu'on pourra vivre en direct. Il y aura des idées de circonstances, celles d'un jour, et celles plus complexes qui nécessiteront un temps de médiatisation beaucoup plus long.

Au-delà de la nature des idées, il est nécessaire de caractériser des temps médiatiques : les ballons d'essai, les moments où les porte-parole monopolisent les médias, puis la réponse des opposants. En fonction du résultat de ce combat médiatique, Ségolène Royal prendra ensuite la décision d'intégrer ou non réellement ces idées du débat qui deviendront alors celles du candidat et peut-être du prochain Chef de l'Etat.

Je vous propose donc une représentation graphique qui structure ces différentes caractéristiques.

Position des idées de Ségolène Royal au 6 décembre 2007

En reprenant les quelques idées qui ont marqué les esprits lors de campagne interne du PS et lors des semaines qui ont suivi donne ceci :

  • des mesures d'une journée médiatique : les survols israéliens au Liban (aller & retour) lancées spécifiquement lors du déplacement au Proche Orient ou l'annonce de la première Loi du quinquennat, celle sur les violences faites aux femmes, qui a été lancée lors de la journée consacrée
  • des mesures à temps de maturation intermédiaire : les jurys populaires - puis citoyens –, la suppression – ou plutôt l'évolution radicale – de la carte scolaire. Après un temps de débat et des amendements, ces idées semblent être désormais acquises pour figurer dans le programme définitif de la candidate
  • des mesures qui occuperont probablement toute la campagne : le pacte sur l'environnement, l'adhésion syndicale obligatoire, l'interdiction du nucléaire civil iranien ou encore l'encadrement militaire des jeunes délinquants nécessitent des contre-argumentaires beaucoup plus construits
  • et enfin, les meurtres médiatiques : les 35 heures pour les enseignants, idée lancée malgré elle, ont été violemment contrées et ne reviendront probablement plus dans la course

Cette liste s'allonge finalement assez vite et après deux mois de pré-campagne, le moins que l'on puisse dire est qu'on ne s'ennuie pas, même si les idées autour de l'économie sont étonnamment absentes. Probablement, Ségolène Royal cherche des mesures assez différentes de la renationalisation de EDF ou du SMIC à 1500 €…

L'efficacité de cette stratégie de communication semble pour l'instant être validée par les enquêtes d'opinion. Pour autant, le Royal Hype Cycle deviendra-t-il une Loi Politique ? Seule sa victoire pourra le confirmer.