L'organisation de l'orientation doit être revue et modernisée.

Tout d'abord, dans un système éducatif performant, il est nécessaire d'avoir des possibilités d'équivalences et/ou des passerelles qui font qu'aucun choix n'est définitif ou sans retour. Faute de quoi toute orientation devient "couperet" et ne peut remplir sa mission.

Il faut ensuite que les processus d'orientation soient vraiment intégrés dans le cheminement scolaire ou universitaire et ne représentent plus un seul rendez-vous obligatoire, comme la journée d'initiation à la défense. Car le système éducatif, organisé en cycles, comporte des étapes qui s'apparentent à des "gares de triage". Et celui qui prend le "mauvais train" risque de le regretter longtemps ou toujours. C'est à ces moments-là qu'une attention et qu'un temps particuliers doivent être mobilisés, notamment à la fin de la troisième, de la seconde et au cours de la première année post-baccalauréat. Nul ne peut dire que la réussite dans le franchissement de ces étapes est aujourd'hui satisfaisante. D'autant que les arguments sont bien connus : d'une part la liberté apparente et fallacieuse du choix qui conduit, par exemple, aux inscriptions insensées en Psychologie ou en STAPS ; d'autre part la nécessité de "remplir" des sections existantes mais peu attractives, car il faut bien mettre des élèves ou des étudiants en face de professeurs qui sont là et rémunérés. Ces dysfonctionnements ne sont plus acceptables et ces arguments ne sont plus recevables, si l'on veut vraiment faire de l'orientation un des piliers de la réussite éducative.

C'est pourquoi il faut avoir un double courage : celui d'informer les jeunes sur la réalité des débouchés des filières où ils désirent s'engager (voire à les en détourner si nécessaire) ; et celui de fermer ou de réduire des spécialisations ou des sections dont chacun sait qu'elles conduisent au chômage (même si des personnels enseignants y sont attachés). Je connais en effet des filières dans lesquelles il y a peu de candidats et beaucoup de débouchés non satisfaits, alors qu'il en existe tant qui ont peu de débouchés mais attirent des candidatures en nombre déraisonnable. La mission d'un vrai service de l'orientation est de contribuer, en liaison étroite avec les professionnels concernés, à réduire ces écarts qui pourraient servir de mesure-étalon à une orientation ratée.

Et puis, lorsqu'un jeune ne sait pas ce qu'il veut faire ou qu'il hésite dans ses choix, il existe une manière de procéder qui exige du temps et des moyens mais qui a fait ses preuves : il faut "MONTRER". Cela est particulièrement vrai dans l'enseignement à finalité professionnelle, qui comprend aussi bien les formations de CAP, BEP ou Bac pro que les BTS, DUT ou que le Droit ou la Médecine… MONTRER en entreprise (visites, stages, exposés de professionnels), MONTRER comment se déroulent des filières de formation. MONTRER est très souvent une clé efficace pour débloquer des refus ou des attitudes résignées, voire fermées.

Enfin, le chemin vers une pratique de l'orientation plus efficace nécessite des impulsions politiques volontaristes et précises, définies par le Ministère de l'Education Nationale et relayées à chacun des niveaux de la hiérarchie administrative. Dans chaque Rectorat, un service spécifique doit se consacrer à la mise en œuvre de cette ambition. Chaque Président d'Université devrait être assisté d'un Vice-Président, en charge de cette mission pour son Université, de même que le Proviseur d'un Lycée ou le Principal d'un Collège aurait à ses côtés un collaborateur de bon rang se consacrant à définir et à mettre en œuvre la politique de l'orientation de l'Etablissement.

Dans cette perspective, cette action mieux impulsée jusqu'à la base, là où les choses se concrétisent, pourrait être plus étroitement organisée en liaison avec les professions et les métiers propres aux bassins d'emplois concernés. Les spécificités des marchés de l'emploi diffèrent tellement d'une région à l'autre ! Ce qui conduirait naturellement les collectivités régionales à être impliquées ou à devenir co-organisatrices d'une nouvelle ambition pour une orientation réussie des jeunes. Cela entre d'ailleurs déjà largement dans leurs compétences puisque l'action en faveur de l'emploi, de l'insertion et de la formation professionnelles font partie de leurs responsabilités légales. Il est vrai qu'elles s'y sont engagées de manière inégale. Voilà bien un engagement et une action à amplifier qui honorerait nos collectivités régionales et qui ne seraient contestés par personne.