Par Damien Rupied[1]

L'événement politique du week-end dernier devait être l'organisation des débats internes de l'UMP. Las ! Ségolène Royal, en mettant opportunément en scène, au même moment, le ralliement de Jean-Pierre Chevènement à sa candidature, a de nouveau suscité plus de commentaires sur les blogs que son principal rival.

Parmi les "républicains de gauche" sensibles aux idées de Jean-Pierre Chevènement, les réactions sont partagées. D'un côté, on sent poindre une certaine amertume face à un ralliement perçu comme un renoncement. Ainsi Malakine, sur son blog Horizons, publie-t-il une série de billets pour exprimer son désarroi, et accuser Chevènement d'avoir "rabaissé le combat républicain à une vulgaire quête de quelques postes pour assurer la survie d’un parti moribond". Mais parallèlement Krysztoff, sur 1984, se réjouit de ce choix tactique qui permettra, pense-t-il, la survie politique du MRC, grâce à sa possible représentation à l'Assemblée Nationale. Il note ainsi que "la politique, ce n'est pas que le monde éthéré des idées, c'est aussi la réalité des rapports de force et le choix de la stratégie la plus optimale pour porter ses idées".

La discussion s’étend au-delà de la sphère des sympathisants du maire de Belfort. Authueil, dans un billet intitulé de manière très explicite "Pour un plat de lentilles", résume bien la tendance majoritaire, qui ne voit dans cet acte que le fruit d'un marchandage entre appareils de partis. Il note avec regret que "Jean-Pierre Chevènement et Christine Boutin sont pourtant porteurs d'une sensibilité politique intéressante et spécifique. J'ai bien peur que les gros candidats ne fassent pas de grandes concessions sur ce plan, ce qui affadira la campagne". D'autres pourtant, à l'instar de Koz, s'interrogent sur l'influence de ce ralliement sur la ligne politique que défendra Ségolène Royal pendant la campagne. Les récentes déclarations de la candidate sur l'indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE) alimentent cette interrogation. Koz résume de manière assez mordante les termes de l'accord PS-MRC : "une BCE contre dix circonscriptions. C'est que ça ne vaut plus bien cher, l'Europe, en France".

La remise en cause des objectifs voire de l'indépendance de la BCE par les deux principaux candidats, au cours de ces dernières semaines, est commentée par quelques blogs spécialisés dans les questions économiques. Dans un billet très instructif, Alain Lambert, ancien ministre (UMP) du budget et blogueur actif, rappelle les fondements économiques de l'indépendance de la BCE. D'autres blogueurs évoquent quant à eux les conséquences plus directement politiques des déclarations croisées des candidats. Verel dénonce "l'incohérence politique" de ces prises de position, qui font des institutions communautaires les boucs-émissaires de la médiocrité de politiques économiques nationales. Il voit dans ce décalage des actes et des déclarations une des causes de la victoire du non au référendum l'an dernier. Sur Telos-eu, Jean Pisani-Ferry fait remarquer pour sa part l'aspect contre-productif de ce genre de propos : "en donnant de manière répétée le sentiment qu'ils n'adhèrent pas aux principes fondateurs de l'union économique et monétaire, les dirigeants politiques français créent les conditions pour que toute proposition de progrès de sa gouvernance soit désormais regardée avec méfiance".

De manière générale, la blogosphère paraît peu sensible, en dehors de quelques réseaux militants, aux remises en cause du rôle et de l'action de la BCE. Austère, rapidement technique, le débat est dominé par quelques ténors – un ancien ministre, un économiste réputé – qui ne donnent sans doute pas une image très représentative de l'opinion publique – même en ligne.

Notes

[1] Damien Rupied est un spécialiste de la blogosphère politique.