Parmi les dix enjeux clés du débat présidentiel sur la santé, nous avons listé : "Comment mener l'informatisation du système de soins de sorte que sa qualité s'améliore notamment au regard de l'important risque iatrogène ?". Une série de publications récentes permet de mieux cerner l'ampleur de ce problème.

La iatrogénie ("ce qui est généré par le médecin" au sens étymologique) désigne l'ensemble des complications liés aux actes de soins. Ses causes sont variées : erreurs médicales, erreurs des patients, problèmes de communication et d'organisation, effets indésirables des médicaments et des investigations à visée diagnostique même lorsque les règles de prescription sont respectées, contaminations des milieux de soins par des agents infectieux, etc.

Il est évidemment insupportable d'être hospitalisé pour un problème mineur et de contracter une septicémie au cours de son séjour. Mais iatrogénie n'est pas toujours synonyme de faute. Il faut bien voir que l'allongement de la durée de la vie, l'augmentation du nombre de malades fragiles dont le décès est retardé grâce à la médecine mais qui sont particulièrement vulnérables aux agressions de l'environnement, la technicisation croissante des soins, créent un contexte de risque élevé.

Les travaux récemment publiés révèlent qu'environ 200 000 séjours hospitaliers sont causés chaque année par des événements indésirables qui pourraient être évités, ce qui représente 2,5 % des séjours. Trois causes émergent : les complications des actes invasifs (par exemple une perforation du côlon pendant une coloscopie), les effets secondaires des produits de santé et les infections liées aux soins. Une autre étude montre que 3,2 % des admissions dans des services de spécialités médicales des hôpitaux publics sont dues à des effets indésirables des médicaments. La loi de santé publique de 2004 propose ici de réduire la iatrogénie médicamenteuse de 130 000 événements par an à 90 000 d'ici 2008.

Dans le domaine des services en général et de la santé en particulier, l'exigence de qualité devient première. Cette exigence, couplée aux données maintenant disponibles sur l'importance des événements indésirables liés aux soins avec les conséquences humaines et économiques qu'ils induisent, justifie que les candidats à l'élection présidentielle expliquent leurs intentions dans ce domaine.

Une des voies d'amélioration, plus qu'une judiciarisation croissante des soins médicaux, est l'informatisation des dossiers des patients. Pour limiter les erreurs médicales et les erreurs des patients eux-mêmes, une informatisation "intelligente" du dossier médical personnel permettrait d'éviter des examens invasifs redondants, de mieux gérer les incompatibilités et les risques médicamenteux, de faciliter le respect de plans de soins répondant aux meilleures preuves d'efficacité disponibles, etc.

Il est essentiel de bien expliquer que cette informatisation n'a pas que des motivations économiques et qu'elle peut et doit être destinée avant tout à mieux assurer la sécurité et la qualité des soins. Cela suppose des engagements très forts en termes de développement et d'investissements de même que des garanties absolues concernant la confidentialité et la protection contre des pratiques non éthiques. Un engagement de niveau présidentiel est nécessaire pour cela.