La classe politique française a violemment critiqué la BCE au cours de ces dernières semaines. Critique conjoncturelle face à l'évolution de la parité €/$ et à l'absence de la stratégie de change ; critique structurelle visant cette fois-ci l'indépendance ou le périmètre des missions de la BCE. Ces critiques sont non seulement isolées en Europe mais de plus, conjuguées à la gestion hasardeuse des finances publiques et la dénonciation factice de "la vie chère", elles constituent la trame d'un nouveau scénario noir.

Petit rappel "d'économie pour les nuls"

D'après mes vagues souvenirs de cours d'économie, il me semble qu'une banque centrale, pour lutter contre l'inflation (i.e. en langage d'économie pour les nuls, "la vie chère"), utilise l'arme de la remontée des taux directeurs, qui constitue son principal outil.

Pour justifier l'orientation de sa politique monétaire, la banque centrale s'appuie notamment sur les enquêtes liées aux indices des prix livrés par des instituts nationaux, et rassemblés au niveau européen par Eurostat. La banque centrale, qui exécute sa mission avec une conscience absolue, ne fait pas que "recevoir" cet indice des prix, elle l'interprète.

En résumé, si les prix augmentent trop rapidement, la banque centrale sévit en augmentant ses taux. Il est donc pour le moins paradoxal de dénoncer à la fois "la vie chère" et le niveau trop élevé des taux directeurs.

L'amorce du scénario : la dénonciation de l'indice des prix

Après l'indépendance douteuse des banquiers centraux, la duperie de l'indépendance des chiffres. Les politiques ont tranché : les statisticiens publics n'ont rien compris ; ils ne sont pas des gens comme les autres. La vie chère, chacun peut la sentir ! Les statisticiens ne l'ont pas vu, ils seront donc soumis aux "jurys populaires" composés de citoyens-experts-de-la-vie-de-tous-les-jours.

Nos leaders politiques, abonnés à la nouvelle collection de "l'économie pour les nuls", vont sans nul doute – encore – créer un nouvel indice. Après le caddie-type, un spin doctor trouvera bien le nom d'un nouvel indice et pourquoi pas une méthode scientifique. Puisque les chiffres s'opposent au bon sens populaire, changeons les méthodes pour calculer les chiffres !

Conséquences imaginaires

Imaginons un instant que pour une fois, la création d'un indice des prix de la vie chère arrive à une conclusion différente des chiffres d'un institut indépendant. On aurait alors l'effet scientifique qui justifierait tout-à-fait qu'on augmente les salaires le SMIC.

Augmentation des prix, augmentation des salaires sans rapport avec la productivité : le cocktail est enfin réuni… pour une augmentation des taux directeurs de la BCE. On constate déjà les diatribes anti-BCE... alors, armé d'un argument scientifique, on imagine la suite ! Il faudrait revoir soit l'indépendance de la BCE (dont personne en Europe ne voudrait)… soit sortir de l'Euroland.

Nous avons là le squelette d'un scénario noir à faire produire par la RTBF (télévision publique belge) : et si la France sortait de l'Euro ?

Nous avons trouvé les scénaristes. Reste à trouver les producteurs !