Par Barras

La victoire sans appel de Ségolène Royal dans la procédure de désignation du candidat du Parti socialiste aux présidentielles a sonné un certain nombre de dirigeants historiques. Si DSK se déclare plutôt satisfait de son score, qui le confirme comme le leader du courant social-démocrate moderniste au sein du Parti, Laurent Fabius continue à s'interroger sur les erreurs qu'il a pu commettre. Certes, sa conversion à un socialisme radical passait pour étrange alors que ministre des Finances, il n'hésitait pas à déclarer qu'il n'y avait aucune différence entre lui et Tony Blair, si ce n'est que celui-ci, bien qu'au pouvoir, avait quand même trouvé le temps d'avoir un enfant… Fabius n'hésite pas à rappeler mezzo voce que personne ne croyait vraiment Mitterrand favorable à "la rupture avec le capitalisme" quand celui-ci faisait de cette rupture le centre du programme du Parti socialiste de l'après Epinay.

En fait, sa stratégie du "non" au référendum européen correspondait à la conviction qu'in fine, comme lors du vote pour le traité de Maastricht, malgré une érosion significative, le "oui" l'emporterait. Il se serait alors distingué de la direction du parti sans que cela ne prête fondamentalement à conséquence. La victoire du "non", à laquelle il a été systématiquement associé, est devenue un handicap. On a glosé sur sa duplicité et sur son inféodation à des mouvements anti-européens incontrôlables. Se pose désormais la question de sa place dans un dispositif qui se construit largement sans lui.

Sans DSK également, car Ségolène Royal a peu apprécié la diffusion sur Internet de la cassette sur les 35 heures tendant à la discréditer auprès d'un monde enseignant très représenté au sein du Parti socialiste. C'est du moins ce que croyaient ceux qui ont monté l'opération. Or les nouveaux adhérents, les "20€" selon l'expression consacrée, sont très divers, et ne se sont guère offusqués des propos de Ségolène Royal. Ne dit-on pas dans les couloirs de Solférino, que, quoi qu'il arrive désormais, elle aura de toutes façons eu un double mérite : tuer le programme du Parti socialiste ; retarder la transformation définitive du parti en une annexe de la FSU… ??

Pour l'instant, les équipes qui se mettent en place pour la campagne présidentielle sont celles qui ont mené la campagne interne. Mais rien n'est définitif. Mitterrand promettait tout à tout le monde ; Ségolène Royal ne promet rien à personne, ce qui revient au même. Et malgré tout, les ralliements se multiplient. Jean-Pierre Chevènement, qui devait "aller jusqu'au bout", a atteint ce bout bien vite. Il n'a même pas obtenu pour Georges Sarre une circonscription à Paris, si bien que celui-ci devra mener une campagne risquée dans le Loiret. Jack Lang fait figure de soutien enthousiaste après avoir été parmi les plus hostiles, sans pour autant être sûr d'obtenir en cas de victoire le quai d'Orsay dont il rêve. Jean-Louis Bianco est en effet sur les rangs, Hubert Védrine n'a pas dit son dernier mot et un mot définitif circule sur Jack Lang : "les diplomates du Quai ont réussi à gérer Douste-Blazy en limitant les dégâts à une rupture des relations diplomatiques avec le Rwanda ; mais Jack Lang est un trop gros morceau pour eux… !!". Seule certitude, l'ancien directeur de cabinet de Ségolène Royal quand elle était ministre, devenu son directeur de campagne, Christophe Chantepy, sera secrétaire général de l'Elysée. Il a le profil administratif - il est sorti de l'ENA au Conseil d'Etat - et le profil psychologique - il supporte toutes les sautes d'humeur de Ségolène Royal, sautes d'humeur qui sont fréquentes.

La candidate se montre d'autant plus mystérieuse sur ses intentions et sur ses faveurs à venir que tout lui réussit. La menace d'un nouveau "21 avril" s'éloigne à grands pas, non seulement du fait de sa cote de popularité, mais aussi parce que l'extrême gauche qui se déchire aura du mal à faire des scores aussi significatifs qu'en 2002. Marie-George Buffet occupe le terrain anti-libéral avec obstination. Elle ne réussit à susciter l'unité que dans la diatribe contre elle. Deux analyses circulent parmi les militants désabusés des ruptures peu tranquilles : Marie-George Buffet est en fait instrumentalisée par le PS, car sans l'accord des socialistes, le PC court à un massacre aux législatives de juin. Mais José Bové n'a pas dit son dernier mot et attend sereinement qu'on vienne le supplier. C'était aussi le cas de Lionel Jospin…