300 000. C'est le nombre de fonctionnaires "précaires" que la gauche italienne, sous la pression de ses radicaux, s'apprête à faire titulariser à vie à l'occasion du prochain budget. La décision parlementaire a pris à contre-pied le ministre – de gauche – de la réforme de l'administration publique. Il se proposait de réduire le nombre des fonctionnaires (ils sont 3 500 000) d'au moins 300 000.

Les partisans des nouvelles embauches expliquent que l'opération peut être financée en utilisant des réserves publiques qui dormiraient dans des banques. A supposer que cela soit vrai, ces réserves ne serviraient pas au financement de fonctionnaires pendant dix ans, vingt ans ou plus.

Le statut officiel de la fonction publique en Italie comme ailleurs prévoit un salaire et une retraite à vie. Il s'impose dans certaines activités. Mais dans les pays latins, dont la France, on l'a étendu à des activités qui devraient plus relever du droit du travail classique que de l'exception. Les pays qui ont réalisé de véritables réformes pour réduire les déficits publics et moderniser les administrations comme le Canada, la Suède, les Pays-Bas et quelques autres, ont installé des agences qui remplissent des tâches "publiques", par exemple la collecte des impôts, dont le fonctionnement peut utilement s'inspirer des méthodes "privées", étant entendu que les salariés de ces agences peuvent percevoir des rémunérations en rapport avec la productivité des services.

En n'allant pas dans cette direction à laquelle pensaient les ministres italiens, la gauche radicale italienne a montré qu'elle était tentée, comme d'autres, de transformer certains fonctionnaires en "clients", avec l'espoir d'en faire des électeurs à vie.

Une fois de plus se confirme l'une des grandes césures de la vie politique, celle qui peut opposer, quand les inégalités sont trop criantes, ceux et celles qui vivent du marché et doivent "gagner" leur vie et ceux et celles qui ne sachant pas ou voulant ignorer qu'ils vivent des impôts en croient la source inépuisable.