Les trois billets qui précèdent montrent l'importance capitale de la qualité des personnels qui se consacrent à cette mission. Si l'on veut vraiment améliorer l'efficacité de l'orientation dans notre pays des modes opératoires nouveaux doivent être mis en œuvre. Ils passent par des formations et des recrutements spécifiques pour celles et ceux qui choisissent cette activité, et par des relations renouvelées avec les représentants des professions et des activités économiques au sens large.

D'abord le choix de ce métier ne doit pas être un choix "par défaut" comme il l'est encore assez (trop) souvent aujourd'hui. Celui ou celle qui s'y engage doit posséder de solides connaissances psychologiques relatives aux jeunes (voilà un débouché concret pour ces filières). Car il n'est pas aisé d'être capable d'apprécier le potentiel d'un adolescent dont la personnalité se construit rarement de manière "linéaire" ou bien de l'aider à formaliser ses désirs, ou bien encore d'inoculer de la raison dans ses passions ou ses rêves. Cela exige de solides compétences et connaissances qui ne s'improvisent pas. Voilà des filières ou des spécialisations professionnelles universitaires qui devraient exister dans chaque académie ou dans chaque UFR de Sciences Humaines.

Il est tout aussi nécessaire de connaître le mieux possible les grandes familles de métiers, avec leurs caractéristiques et leurs évolutions prévisibles ou probables. Et comme un savoir exhaustif ne peut exister dans ce domaine, une relation confiante, concertée et décentralisée est indispensable avec les représentants des professions. Qui mieux qu'un ingénieur, qu'un chef de chantier, qu'un médecin, qu'un avocat, qu'un banquier, qu'un chef de rayon, qu'un boulanger, qu'un conducteur de train ou d'autobus, etc. peut parler de manière convaincante et crédible de son métier ? Et de même qu'il existe une infinité de talents, il existe tout autant une infinité de métiers. Le rôle du professionnel de l'orientation est de contribuer à la réussite de cette "rencontre". C'est pourquoi, au lieu de chercher parfois à se substituer aux représentants des professions, il est largement préférable qu'il sache les associer pleinement à ses actions. Ce faisant il crédibilise, valorise et amplifie son rôle et sa mission ainsi que leur efficacité.

Et comme il a été dit précédemment, les instances régionales devraient, dans ce contexte, apporter une contribution essentielle, par leur connaissance du tissu économique et des caractéristiques des bassins d'emplois. D'ailleurs la plupart d'entre elles financent déjà largement de nombreuses études prospectives sur les formations, les emplois et les métiers. Encore faut-il, ce qui n'est que trop rarement fait, réunir et diffuser toutes ces informations (des réseaux, des CD-Rom et internet devraient faciliter ces tâches) et coordonner ou rendre plus cohérentes les actions respectives des "orienteurs", des représentants des métiers et des instances régionales.

On mesure à quel point il est important et urgent de "refonder" notre système d'orientation scolaire et universitaire. Pour diminuer nos taux d'échecs (dont le redoublement, très supérieur à la moyenne européenne, est une manifestation évidente), pour améliorer les taux d'insertion professionnelle des jeunes Français, pour réduire les coûts de fonctionnement de notre système éducatif ainsi que les conséquences psychologiques, sociales et humaines générées par la situation présente.

Cela exigera la définition d'une nouvelle politique ainsi que des "investissements" en personnels et moyens. Mais si l'investissement est toujours et d'abord un coût, il est toujours "rentabilisé" quand il a été bien conçu et qu'il s'applique à bon escient, dans la continuité et la durée.