Les hommes politiques qui se risquent à faire des propositions ont généralement une crainte : que celles-ci soient qualifiées de libérales. Politiquement, ils n'ont pas tort. En effet, il est curieusement et définitivement admis que cet adjectif a pour principale vertu de disqualifier les hommes ou leurs idées. Voulez-vous écarter l'une d'entre elles du débat public ? Ne dites qu'un seul mot : elle est libérale ou, mieux encore, elle relève de la vulgate libérale.

Au temps de la guerre froide, Jean-Paul Sartre disait que "tout anticommuniste est un salaud" (sic). Avec le recul, on concèdera à tout le moins que la formule est datée. Malgré tout, pour de nombreux esprits, il semblerait que le "libéral" d'aujourd'hui ne vaille guère mieux que l'anticommuniste d'hier. Cette réminiscence résonne comme une régression. La Liberté mérite mieux. Elle a derrière elle une histoire qui l'honore et devant elle un avenir qui la porte.

1.- Le passé, nous le connaissons tous. C'est la pensée des Lumières dont le principal apport n'est jamais que l'invention de l'individu. L'homme était un "fidèle" ou un "vassal", la Liberté l'a détaché de ses appartenances pour lui permettre, en adulte, de faire face à son destin. Elle a fait que l'homme ne soit jamais réductible au collectif - la "classe", la communauté religieuse... - dont il est issu. Selon l'expression consacrée, tout homme devient une "fin en soi". Autour du libéralisme, il n'y a ni sacrifices, ni danses macabres.

Nul n'ignore que le XIXème siècle a jeté une ombre au tableau. C'est d'ailleurs Tocqueville, et pas seulement Marx, qui évoquera l'apparition d'une "aristocratie manufacturière (qui) après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir". Il n'y a sur ce point jamais eu de débat : lorsque la liberté est celle du renard dans un poulailler, elle n'est qu'un faux semblant derrière lequel prospèrent des hiérarchies abusives et d'honteuses exploitations. Les libéraux ne l'ont jamais oublié. Aussi bien que les autres, sinon mieux, ils ont compris que le libéralisme ne survivrait pas au laisser-faire.

2.- Et c'est justement la raison pour laquelle la pensée libérale a devant elle un bel avenir. Elle n'est pas un ramassis d'idées ploutocrates, inspirées par le souci d'enrichir les riches au risque d'appauvrir plus encore les pauvres. Elle sait la liberté menacée lorsque la disparité des conditions n'est plus supportable. Simplement, et c'est là sa richesse, elle cherche la solution en regardant en hauteur. Que chacun accède à la liberté plutôt que tous ne tombent dans l'égalité.

Cet ambitieux programme a de la noblesse. Il a aussi du contenu :

  • Les libéraux préféreront ainsi prendre des mesures pour faciliter l'accès à la propriété de tous les Français plutôt que de préconiser un blocage des loyers ;
  • Ils souhaiteront renforcer l'égalité des chances et lutter ardemment contre les discriminations, plutôt qu'abolir les sélections et araser les talents ;
  • Ils veilleront à faciliter le reclassement des individus dans des industries et des activités prometteuses plutôt que de les figer dans des emplois sans attraits et sans avenir.

La suite se discute. Mais il n'y a nullement à rougir de ce qui précède. C'est d'ailleurs un phénomène assez curieux : au moment où il fait preuve de son ouverture sociale, le libéralisme est vilipendé comme jamais. Les esprits évoluent souvent à rebours. Tout espoir n'est donc pas perdu.