Le gouvernement a annoncé que la croissance des dépenses publiques sera limitée, en euros constants, à 1,4 % par an pour 2006 et 2007 puis 0,5 % par an pour la période 2008-2010. L'observation de nos performances depuis 25 ans ne permet certes pas de préjuger de l'avenir, mais elle montre ce que nous avons été capables de faire jusque-là, et conduit à s'interroger sur la crédibilité des objectifs actuels.

Une fois passées les années folles de 1981-1982, la croissance des dépenses de l'ensemble des administrations publiques, mesurée par les comptables nationaux, est toujours restée à peu près dans un intervalle de 2 à 4 % par an jusqu'à 2005 compris, nettement au-dessus de la croissance du PIB. Les seules années pour lesquelles l'augmentation des dépenses a été ramenée au-dessous de 1,5 % sont 1987 et 1996-1997. Comme elle a été de 1,7 % en 1998, on peut dire que nous avons freiné nos dépenses publiques une seule fois sur une durée significativement supérieure à l'année, la période 1996-1998. C'était aussi le moment de se qualifier pour entrer dans la zone euro et tout a été fait alors, par deux gouvernements opposés successifs, pour réduire le déficit public, même freiner les dépenses. Je ne vois cependant pas d'événement semblable à l'horizon pour nous contraindre à nouveau à la vertu.


Source : INSEE jusqu'à 2005 ; prévisions accompagnant le projet de budget de 2007 pour les années 2006 et suivantes.

Les programmes pluriannuels des finances publiques reposent presque toujours sur des prévisions de croissance des dépenses publiques de l'ordre de 1,3 % par an, ou moins, qui ont presque toujours été dépassées. Limiter la croissance de ces dépenses à 1,4 % par an à la fois en 2006 et 2007 serait donc assez remarquable au vu de ces performances historiques. La maintenir ensuite en moyenne à 0,5 % par an de 2008 à 2010 serait vraiment exceptionnel. C'est pourtant non seulement nécessaire mais tout à fait possible puisque les autres pays ont fait encore mieux.

En 2005, avec des dépenses publiques représentant 53,9 % du PIB, nous sommes encore en deuxième position dans l'OCDE derrière la Suède (57,2 %), mais celle-ci a réduit de dix points en dix ans le poids de ses dépenses publiques dans le PIB et la France de seulement un demi point. A ce rythme, nous allons très vite enfiler le maillot jaune. Pour éviter cette première place peu enviable, il ne suffit pas d'annoncer que nous allons freiner les dépenses publiques bien plus fortement que dans le passé en mettant seulement en avant les réformes déjà entreprises pour les maîtriser.