D'après le Sénat, 1,2 millions de nos concitoyens sont inscrits dans les consulats en dehors du territoire. A cet effectif s'ajoutent les quelques centaines de milliers qui n'ont pas exécuté la démarche de recensement. Au total, la population des Français de l'étranger équivaut à celle d'une grosse région française.

La France choie ces expatriés. Elle leur assure d'abord une représentation nationale, ce qui est rare. Elle leur offre ensuite la possibilité de recevoir une éducation primaire et secondaire semblable à celle qu'ils recevraient sur le territoire, grâce à un réseau de 425 établissements scolaires. Enfin, naturellement, elle veille à leur sécurité. Ceci est louable, et la France peut en être fière.

Parallèlement, la France tire probablement certains bénéfices de cette dense présence internationale, ne serait-ce que parce qu'elle est souvent synonyme du développement à l'étranger d'entreprises nationales. Au-delà, on peut penser aussi que les expatriés contribuent au rayonnement de la France, sur un plan intellectuel et donc diplomatique.

Bref, un regard statique et rapide sur la situation peut donner le sentiment qu'elle profite à tous.

Une vision dynamique du sujet brise ce sentiment. Certains de nos expatriés sont à l'étranger depuis longtemps, et n'ont apparemment pas l'intention de revenir. Un sondage réalisé au printemps indique que la moitié d'entre eux ne souhaitent pas rentrer avant la retraite, voire ne souhaitent pas rentrer du tout. C'est évidemment dommage, car ces citoyens pourraient à leur retour faire profiter de leur expérience, de leurs compétences, de leur ouverture culturelle et oeuvrer ainsi au développement du pays. Plus prosaïquement, ils pourraient alimenter le système social, payer des impôts, consommer des biens et des services. En outre, beaucoup d'entre eux ont pu et su profiter le temps venu de l'environnement éducatif et social français. Ce qu'ils apporteraient ne serait alors que le juste retour de ce qui leur a été offert.

Ainsi, il est opportun d'identifier et de mettre en oeuvre une stratégie qui inciterait les Français à revenir, et favoriserait leur retour. Bien entendu, les esprits chagrins indiqueront que cela nécessite de changer radicalement le système social, économique, fiscal français. Ils n'ont sûrement pas tort, mais à plus brève échéance (et à plus forte acceptabilité politique), une stratégie moins profonde et plus opportuniste suffirait déjà peut-être pour réveiller "le goût du pays" chez quelques centaines de milliers d'entre eux. Plusieurs axes de développement sont envisageables.

D'un point de vue administratif d'abord, il convient de faire en sorte que le retour soit simple. Des interlocuteurs uniques dans les consulats pourraient être chargés de coordonner l'ensemble des démarches et de trouver les réponses à toutes les questions, parfois complexes, liées au retour en France.

Ensuite, on pourrait imaginer un système fiscal incitatif pour les anciens résidents étrangers, a minima l'année de leur retour. Pour éviter les effets d'aubaine et les aller-retour inopportuns, cette niche fiscale pourrait ne concerner que les Français ayant dépassé une certaine durée de séjour à l'étranger.

Une politique de communication proactive pourrait être bénéfique également. Il n'est pas évident que les Français soient toujours au courant des évolutions de la conjoncture et de l'environnement national. Une information plus volontariste sur ce thème peut déclencher des envies de retour (même si cela peut être à double tranchant). Les "success story" à la française doivent également être relatées aussi.

La recherche d'emploi devrait être facilitée. Les consulats devraient favoriser la mise en relation entre employeurs potentiels, cabinets de recrutement, et français de l'étranger.

La récente démarche d'exil d'un célèbre rocker a mis en avant l'importance du raisonnement fiscal dans les décisions d'établissement à l'étranger. Si ce point a été identifié, il serait sans doute erroné de focaliser tous les efforts là-dessus. Une démarche plus consensuelle et moins lourde à mettre en œuvre peut déjà produire de réels bénéfices, en attendant naturellement les réformes de fond.