Par Nicolas Vanbremeersch[1]

Le "droit au logement opposable", qui a fait la une de la presse ces derniers jours, a mis la blogosphère en émois. Il est vrai que le sujet s'y prêtait : il recouvre un problème social majeur, qui a pris en quelques jours une place centrale dans l'agenda de la campagne présidentielle ; il est aussi un mot-valise, repris en chœur par les journalistes, les politiques, les associations, sans que sa portée juridique, complexe, ait été réellement explicitée.

Sans surprise, la blogosphère juridique a été la première à réagir. Enseignants, avocats et juristes ont rapidement engagé la discussion sur l'"opposabilité" de ce nouveau droit. "Ajouter "opposable" à "droit au logement", juridiquement, n'a aucun intérêt", explique Frédéric Rolin, professeur de droit à Paris X et éminent blogueur, notant que tout droit est, par nature, opposable. De fait, la plupart des blogueurs juristes qui se sont penché sur la question (comme Maître Eolas, signature éminente de la blogosphère juridique, ou Jules, qui tient le blog Diner’s Room), relèvent l'existence d'un droit au logement, inscrit depuis plus d'une dizaine d'années dans plusieurs textes de lois. Le vrai problème, soulignent-ils, est de savoir comment rendre ce droit effectif.

En donnant au citoyen la capacité de pouvoir se retourner contre la puissance publique, suscitera-t-on une pression suffisante pour résoudre définitivement la question du logement des sans-abris ? Dans un billet posté le mercredi 3 janvier, Maître Eolas se montre plutôt pessimiste : "des demandes aboutissant à une indemnisation effective seront rarissimes, en supposant qu'il y en ait un jour." Jules, sur Diner’s Room, attend du législateur qu'il se montre plus prescriptif ; autrement dit, qu'il ne soit "pas question de droit au logement opposable, mais bien d'une créance de toit", et donc que des réquisitions soient rendues possibles, ou plaidables.

Au-delà de la blogosphère juridique, le débat s'étend au sujet plus général de la politique du logement. Polluxe, commentatrice régulière de l'actualité politique, souligne les conséquences de la surprotection des locataires sur la rigidité de l'offre de logement. D'autres voix entrent en résonance : à gauche, avec Malakine, qui sur son blog Horizons trouve cette mesure "emblématique de tout ce que la gouvernance actuelle a de détestable et d'improductive" ; mais également à droite, avec Koztoujours, qui résume un sentiment très répandu sur les blogs : "au final, qu’est-ce que donc que cette opposabilité soudaine, sinon le constat de l'inefficacité politique ou, plus encore, le syndrome du législateur arrosé ?".

Vendredi 5 janvier dans la soirée, un des blogueurs déjà cités, Frédéric Rolin, reçoit (par une source anonyme) le texte de l'avant-projet de loi déposé au Conseil d’Etat. Son analyse est lapidaire : "ce texte ne crée pas un droit supposé "opposable" au logement" ; il sera "très probablement inefficace, ou doté d'un simple effet cosmétique".

Malgré la technicité du sujet, une cinquantaine de blogs relaient l’analyse de Frédéric Rolin. Les critiques fusent : "pétard mouillé", pour Roxane ; "poudre aux yeux", pour Lucie. La blogosphère n'est pas tendre avec le gouvernement, qu'elle accuse d’être surtout inspiré par la volonté de réagir à la mobilisation médiatique.

Les blogueurs se montrent donc embarrassés par l'arrêt de la mobilisation des "Enfants de Don Quichotte", qu'ils avaient largement relayée : le plan d'urgence pour reloger les SDF du canal Saint-Martin est souvent jugé insuffisant. Abordo est amer : "il est à craindre à partir d'aujourd'hui que les médias se désintéressent du sujet et de ce fait abandonnent à leur sort ceux qui ont servi de prétexte à cet effet médiatique". L'amertume se transforme parfois en colère, ou en de lourdes interrogations, comme celles d'Alain sur le net, qui demande "pour qui roule Augustin Normand", et reste "interloqué" par "la fin (rapide ?) de la démarche entreprise par l'association".

Dans ce débat en ligne, les grands absents sont les hommes politiques, qu'on devine désarçonnés par un projet dont les implications sont encore difficiles à évaluer. Aucun blog d'homme politique de premier plan, et a fortiori de candidat à l'élection présidentielle, n'aborde le sujet. Sur tous ces blogs, on trouve principalement… des vœux de bonne année.

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net).