Sur une base 100 en 1993, les prix (hors tabac) sont passés à 124 en fin 2006. Pendant le même temps le salaire mensuel de base est passé à 134. Donc le pouvoir d'achat a augmenté.

Ce constat ne convainc guère la masse des salariés. Il est vrai que l'augmentation annuelle du pouvoir d'achat qui était de 3,2 % en 1999 est tombée brutalement entre 2002 et 2003, pour remonter à 1,8 % en 2006. Ce n'est pas suffisant pour satisfaire les gens. A l'écoute de ce qu'ils entendent, les candidats aux présidentielles ont donc fait du pouvoir d'achat (des salariés… mais les autres ?) un cheval de bataille. Ils sont dans leur rôle, mais pour que le pouvoir d'achat augmente durablement il ne suffit pas de le décider ni même de vouloir redistribuer plus largement les richesses en direction du salariat. Avant de redistribuer il faut produire et vendre. Or en France la production industrielle est à peu près au même niveau qu'à mi 2005, le commerce extérieur s'effondre, les investissements sont hésitants. Mais ces données n'empêchent pas l'opinion de réclamer d'un Président qu'il augmente non pas "le" mais "mon" pouvoir d'achat, ce qui est attribuer bien du pouvoir aux politiques.

La différence entre les faits, le ressenti et les espérances s'illustre par d'autres exemples. Ainsi le Figaro dans son "Figaro oui, Figaro non", du 30 décembre dernier, indiquait que 85 % des personnes ayant donné leur avis sur le fait de savoir si l'euro avait réellement fait monter les prix répondaient oui. Faut-il pour autant le jeter aux orties ? L'INSEE montre que les hausses de prix ont surtout joué sur les petits dépenses au quotidien. Il est vrai que si le prix du "petit noir" augmente, on le voit. En revanche on ne mesure guère la baisse du prix d'un écran plat importé. On constate que le prix de l'énergie s'est alourdi mais la faute en revient plus aux Chinois qui se mettent à consommer comme nous qu'à l'Euro, qui au contraire freine la hausse quand il est cher par rapport au dollar. Sans l'euro aujourd'hui les taux d'intérêt seraient plus élevés et le franc aurait connu plusieurs déconfitures. Sans les disciplines mises en place au niveau européen pour freiner les poussées inflationnistes provoquées pendant des années par la démagogie des gouvernants prêts à céder à la tentation du clientélisme notre monnaie ne vaudrait plus grand chose.

On a beau répéter ces faits, l'opinion réagit de façon plus ou moins contradictoire aux évolutions telles qu'elle les ressent. Comment dans ces conditions être un candidat dépassant le suivisme des électeurs pour laisser entrevoir des qualités d'hommes d'Etat ?

L'euro est le résultat du Traité de Maastricht qui était quelque peu bancal. Il a fait naître une monnaie unique alors que les compétences de politique économique restent nationales. Un peu plus de cohésion dans les politiques économiques pourrait favoriser une meilleure maîtrise des variations économiques. Mais cela suppose que les décisions européennes soient assises sur une représentation politique plus démocratique. Autrement dit il faudrait pouvoir voter pour l'élection d'un exécutif européen. Quel est le candidat à l'exécutif national qui osera annoncer cette nécessité ?