Qu'un grand établissement d'enseignement supérieur français – nommément HEC – soit placé, par un évaluateur international et indépendant, au premier rang européen parmi une cinquantaine de concurrents n'est pas très fréquent. Peut-être est-il intéressant d'analyser les raisons de ce qui constitue incontestablement un succès, au moment même où notre enseignement supérieur est si décrié, parfois injustement ?

En effet, indiquons d'emblée que ce succès ne concerne pas qu'un établissement. Il est tout autant national et collectif puisque, selon le même classement du Financial Times, 3 établissements situés en France figurent dans les 10 premiers, 5 dans les 20 premiers et 7 dans les 30. On aimerait disposer d'évaluations comparables dans les autres grands champs disciplinaires de l'enseignement supérieur en Europe. Cela relativiserait probablement les critiques dont notre pays, à tort ou à raison, fait l'objet.

Pour HEC, cette reconnaissance vient valider une stratégie claire, cohérente et mise en œuvre dans la continuité, depuis de nombreuses années.

Cette stratégie repose sur des convictions fermes qui se sont traduites en choix simples, tout en étant respectueuses de quelques exigences fortes.

La première conviction est qu'un établissement d'enseignement supérieur qui veut être reconnu en Europe et dans le monde doit être résolument international. C'est la boussole qui doit orienter toutes ses actions et la mise en œuvre ou la déclinaison de chacune d'entre elles. Qu'il s'agisse des étudiants, des professeurs (et de leurs recrutements respectifs), de l'évolution des cursus existants ou de la création de nouveaux, des langues enseignées ou pratiquées, de la recherche, tout doit être analysé ou décidé selon cet impératif. Aucun espoir d'être reconnu hors des frontières si l'on ne se conforme pas aux normes, références et pratiques internationales de l'Education. Pour autant, cela ne signifie jamais et aucunement que l'on doive s'éloigner ou s'affranchir de ses racines, de ses socles et de sa langue. Car pour être considéré à l'international, il faut être également porteur des spécificités, des valeurs et des atouts de son propre pays.

La seconde conviction est la nécessité pour un grand établissement d'être présent sur tous les "segments" des disciplines qu'il enseigne et des publics auxquels il s'adresse. Dans le domaine des Sciences du Management, l'enseignement s'adresse d'abord aux jeunes (Grande Ecole / Master). Mais il s'agit de former également des professeurs, de jeunes cadres avec ou sans expérience dans des programmes diplômants, ou des cadres plus aguerris en formation permanente. En effet, le classement du Financial Times est, en référence aux compétitions de ski, une sorte de "combiné". Le niveau qualitatif d'ensemble résulte du fait d'être présent et, de préférence, bien placé dans toutes les compétitions, sans être nécessairement en tête dans chacune d'elles. Sans ce choix de vouloir proposer un spectre complet de programmes, HEC ne figurerait probablement pas à la place qui est la sienne.

Cette stratégie fondée sur deux choix très clairs implique également trois exigences que résument les mots : qualité et innovation.

Qualité des publics auxquels on s'adresse d'abord. Les processus qui conduisent les étudiants et les auditeurs à s'inscrire dans un établissement, et à le fréquenter ensuite, doivent être rigoureux et équitables. Toutes les grandes institutions universitaires du monde respectent ces pratiques. Aucune chance de se comparer à elles en niant ou en ignorant ces exigences.

Qualité des enseignants-chercheurs ensuite. Le "marché" international des grands professeurs de Management s'apparente de plus en plus, dans certaines disciplines, au marché des grands sportifs mondialement connus. Pour réussir dans cette compétition, un établissement d'enseignement supérieur doit savoir trouver un équilibre entre ces professionnels réputés, parfois un peu "vedettes", et d'autres plus jeunes, issus des "centres de formation" que sont les Ecoles Doctorales, qui constituent un encadrement homogène et solide et qui, surtout, sont les garants de l'avenir.

Innovation enfin. Si, selon l'adage célèbre, l'enseignement est l'art de la répétition, il demeure indispensable qu'il sache se renouveler et se rénover toujours. L'innovation doit irriguer - en étant valorisée - tous les facteurs qui font la réussite d'un établissement : le niveau des cours évidemment, la recherche bien sûr, l'évolution ou l'adaptation des cursus pédagogiques, la conception de nouvelles filières, le lancement de nouveaux programmes, l'utilisation appropriée des technologies de l'information jusqu'aux modes de gestion de l'établissement et à la qualité des relations entre les professeurs, l'administration et les étudiants.

La mise en œuvre opérationnelle de ces choix et le respect de ces exigences, dans une continuité sans failles, tracent des chemins de réussite. Au moment où notre système d'enseignement supérieur est confronté à des choix essentiels pour son avenir, ces quelques idées pourraient utilement nourrir la réflexion collective.