Drôle de monde, drôle de France. Al Qaïda envoie des kamikazes éliminer des innocents, tous les jours des hommes tuent des enfants après en avoir abusé, prostitution de mineur(e)s en Asie, voire ailleurs, milliards d'hommes qui meurent de faim, du sida etc. Millions de sans-abris et d'individus vivant en France, aux Etats-Unis etc. sous le seuil de la pauvreté... Ainsi va le monde, avec ses guerres, ses égoïsmes, ses revendications catégorielles...

Et tout à coup le Silence, avec un grand S. Le recueillement et l'unanimité en faveur d'un abbé, mort après tant de souffrances et de luttes, souvent vaines. L'abbé Pierre est mort. Et de partout fusent les hommages.

Jacques Chirac décide même qu'un "hommage national" lui sera rendu vendredi, avec funérailles le même jour à la cathédrale Notre-Dame de Paris, retransmises par France 2 !

Mon sentiment... l'écoeurement. Ne sait-on rendre hommage à la bonté que post mortem ?

Le public a toujours placé l'abbé Pierre en tête des opinions de sympathie jusqu'à ce que lui-même, lucide, demande à ne plus figurer dans le même palmarès que Yannick Noah, Michel Sardou ou Nicolas Hulot. Ce même public pourra se recueillir sur sa dépouille dans la chapelle du Val-de-Grâce, mercredi à partir de 10h00.

France 2 a même changé la programmation du "Jour du seigneur" dimanche, en diffusant à partir de 10h30 un documentaire, "L'Abbé Pierre, aventurier de Dieu", qui brosse le portrait du fondateur d'Emmaüs. Et Laurent Fabius souhaite qu'il entre au Panthéon. Quelle belle unanimité!

Bref, tout le monde le pleure, même cette anonyme qui a écrit sur le Livre d'or installé après le décès de l'abbé Pierre: "Salut camarade, tout communiste et athée que je sois, je te remercie pour tout ce que tu as fait".

"Avec cette disparition, c'est toute la France qui est touchée au coeur", a déclaré Jacques Chirac, dès l'annonce de la mort de l'Abbé. "La France", a-t-il dit, "perd une immense figure, une conscience, une incarnation de la bonté".

Et la bonté, notre Président en connait un rayon. Demandez à ses adversaires de gauche et à ses actuels "compagnons" de l'UMP, ils vous donneront leur avis.

Ah, bien sûr, la politique ce n'est pas pareil. Là, tout est permis. Mais éthymologiquement parlant, la politique n'est-elle pas "la vie de la cité" ? Et faut-il forcément exclure la bonté de "la vie de la cité" ?

Hier, j'ai vu une femme tomber dans la rue, visiblement ni ivre, ni droguée, mais victime d'un malaise. Peut-être était-elle tout simplement en hypoglycémie, enceinte, ou que sais-je, assaillie d'un chagrin trop fort pour ses jambes frêles. Et bien plusieurs personnes sont passées à côté d'elle, voire se sont un peu écartées, jusqu'à ce que des disciples d''Emmaüs où tout simplement des gens "bons" (dont moi, tant pis pour le manque de modestie) lui viennent en aide.

Combien faudra-t-il de mort comme celle de l'abbé Pierre, pour que nous retrouvions les "bonnes valeurs" ?

Le combat, quand il est nécessaire, peut être juste. Mais ni la cruauté, ni la méchanceté qui animent trop souventement les conseillers en communication de nos femmes et hommes politiques.

Et si la mort de l'abbé Pierre, la rétrospective de sa vie servaient à élever le débat poltique ? Faisons un rêve....