612 000 (2,5 %) logements ne possèdent ni WC intérieurs, ni douches. Ils étaient 4 % en 1996, 15 % en 1984 et 70 % en 1954. Aujourd'hui une résidence principale compte en moyenne 4 pièces, soit une pièce de plus qu'en 1954.

Ces chiffres illustrent évidemment l'augmentation du niveau de vie réel depuis deux générations. Mais ils ne suffisent plus à convaincre les gens de sa réalité. Un leader syndicaliste, au demeurant fort sympathique, interrogé sur ce qu'il entendait par minimum vital, répondait : 3 % de revenus en plus chaque année (hors inflation). Soit. A ce rythme, les revenus réels doublent en moins de deux générations. C'est concevable dans une économie en période de démarrage ou de rattrapage, comme après 1945 en Europe occidentale. Ce l'est d'autant moins dans les économies "matures" que 3 % de 1000 c'est plus que 3 % de 100. Seulement les gens ne s'attachent pas vraiment aux comparaisons avec le passé, même récent. Ils réagissent en fonction des aspirations du moment. Quand on n'a ni WC ni douche, en disposer est une exigence. Une fois qu'on en dispose on passe à autre chose, maison individuelle ou voiture plus confortable, ou appareils électriques, ou tout à la fois. On considère ce dont on dispose comme évident. On veut plus. Est-ce possible et pendant combien de temps ?

Si l'on tient pour vraisemblable les hypothèses relatives au développement soutenable, il faut bien voir les limites physiques d'un développement continu. Pour éviter l'éclatement planétaire, deux solutions s'imposent : faire des économies d'énergie, de matières, d'argent ; innover suffisamment pour élargir la capacité créatrice de l'homme. Dans le cas du logement, c'est imaginer des logements autorégulés (chaleur notamment) peu gourmands en énergie, matériaux et eau.

En termes plus immédiats, les candidats aux élections qui vantent les mérites de leur action (plus d'emploi, plus de richesse, plus de ceci ou cela) ont moins de chance d'être entendus que ceux qui signalent les manques ou les déviations, par exemple les désordres dans certains HLM qui n'ont rien à voir avec les descriptions "statistiques". Le constat de l'acquis fait moins recette que la dénonciation d'insuffisances ou même l'appel à la jalousie.

Au fur et à mesure que l'on avance en âge, on se rend compte que point ne sert de donner comme références des périodes lointaines. L'histoire pour chaque génération commence avec la sienne et comme par ailleurs on n'enseigne guère les réalités historiques, même proches, les réflexes politiques sont le plus souvent court-termistes. Court-termistes par rapport à l'avant, court-termistes par rapport à l'avenir.



Seule une formation plus complète et une information moins superficielle et tronquée pourraient redonner un contenu crédible au "progrès".