Environ 53 % à 54 % de l'ensemble des richesses créées en France chaque année transitent par des systèmes publics. Les Français se comportent fréquemment comme s'ils pensaient que les caisses publiques étaient inépuisables. Mais il en est d'un pays comme d'une entreprise ou d'un ménage : si les rentrées ne sont pas égales ou supérieures aux dépenses, la faillite est au bout. On rétorquera que ce qui est vrai pour les firmes et les gens ne l'est pas pour les Etats. Si, mais la faillite prend la forme d'un appauvrissement collectif et d'une chute d'influence dans le monde.

La Cour des comptes doit désormais certifier les comptes de l'Etat. Jusqu'alors on parlait de son budget de fonctionnement mais pas de son bilan. On sait désormais qu'en face de son endettement (1 100 milliards d'euros), les actifs permettant de les couvrir sont de l'ordre de 550 milliards d'euros. Passe encore si la dette était provoquée par des investissements destinés à créer plus de richesse. Mais on sait qu'elle résulte surtout de dépenses de fonctionnement mal maîtrisées. Or bien des promesses électorales se traduisent par un surcroît de dépenses de fonctionnement. D'où viendra l'argent ?

Chacun vit dans l'espoir que la croissance s'amplifie. A moins de 2% de croissance par an la situation actuelle – déficitaire – perdure. Mais pour dépasser les 2 % il faut toucher aux dépenses les plus sensibles. Pour reprendre une formule lapidaire la part des gens qui vivent du marché doit augmenter par rapport à ceux qui vivent de l'impôt. Cela est d'autant plus nécessaire que le gouvernement quel qu'il soit devrait provisionner des dépenses inévitables, ce qu'il ne fait pas, risques naturels, déficits des établissements contrôlés par l'Etat, engagement de retraite des régimes spéciaux. Il faudrait en plus mesurer le poids des retraites des fonctionnaires dont on a admis jusqu'à présent qu'elles restaient hors bilan.

Des programmes d'économie sont à prévoir. Si on veut en limiter l'ampleur et leurs effets sociaux et politiques négatifs, il faudra impérativement renforcer la "machine à créer de l'argent", autrement dit, essentiellement, les activités marchandes.

La progression de la consommation intérieure, qu'elle qu'en soit la nature (nourriture, santé, logement, automobile, etc.), ne suffit pas. On constate que plus les Français dépensent, plus les fournisseurs étrangers en profitent. Cela pourrait s'admettre si, dans le même temps, nos entreprises gagnaient des parts de marché à l'extérieur. Or depuis une dizaine d'années elles en perdent. La dégradation des performances françaises est en partie liée à l'application autoritaire des 35 heures et peut-être au moins autant au manque de volonté ou de lucidité des dirigeants politiques faisant l'éloge du modèle social à la française, alors que ses résultats économiques et même sociaux ne justifiaient guère les cocoricos qu'il a provoqués. On a paru oublier que le travail bien compris est source de richesse et qu'en limiter la durée au-delà de la réduction naturelle qui résulte des progrès de productivité (individuels et collectifs) conduisait soit à limiter la consommation, soit à payer d'une façon ou d'une autre son coût réel (sous forme de chômage par exemple). Un simple rappel : l'âge de la retraite est en France de 60 ans et bien des salariés la prennent avant. Or on commence à juste titre à s'interroger sur les moyens de financer les retraites. Dans la plupart des pays développés l'âge est égal ou supérieur à 65 ans, ce que justifie de plus en plus l'allongement de l'espérance de vie et l'amélioration des conditions de santé.

On ne demande pas aux candidats de proposer "du sang et des larmes". En revanche on peut les questionner sur le fait de savoir s'ils entendent corriger l'illusion "à la française" d'une caisse inépuisable, alimentée par on ne sait quel don du ciel, ou s'ils choisissent la voie réaliste, de faire en sorte que les Français gagnent plus d'argent d'abord, avant de le répartir.