La polémique a fait rage autour de l'éligibilité à l'ISF du couple Hollande/Royal. Les jours ont passé et on peut désormais aborder le sujet hors de toutes tensions partisanes. Personnellement, ce qui m'a surpris, c'est que les médias s'étonnent qu'une femme politique de premier plan dépasse le fameux seuil de 750 k€ alors que selon moi, c'est le fait qu'elle n'en soit pas qui aurait été anormal.

Il est nécessaire de prendre en considération trois facteurs essentiels : (i) le niveau relativement bas du seuil d'éligibilité à l'ISF, (ii) l'âge des candidats et (iii) l'asymétrie du "marché" homme/femme.

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Aujourd'hui, près de 450 000 ménages sont redevables à l'ISF. Si ce nombre reste très minoritaire, il n'en est pas moins important. Il apparaît assez logique que les dirigeants politiques, étant donnés leur parcours, leur longévité dans le statut d'élu et le niveau de cumul des mandats (et donc des revenus), soient une cible naturelle pour l'ISF, à condition d'avoir une gestion personnelle de type bon père de famille et ne pas avoir eu des "accidents de parcours" (e.g. des divorces à répétition).

De plus, l'âge des candidats est supérieur ou égal à 50 ans, c'est-à-dire "l'âge riche" : bien souvent, étant toujours en activité, ils disposent encore de l'ensemble de leurs revenus, leurs biens immobiliers sont payés et leurs enfants commencent à s'émanciper ou ont déjà quitté le foyer.

Enfin, les modalités de formation d'un couple comprenant une femme politique s'apparente à celui des femmes en général. Il s'agit d'un marché asymétrique où la norme veut que les femmes se marient avec des hommes qui ont des statuts équivalents ou supérieurs aux leurs. En clair, on imagine mal une femme politique énarque se marier avec un homme sans emploi ; alors que l'inverse est tout à fait possible.

Au final, ce qui est intéressant de constater, c'est que les femmes politiques qui ont vocation à accéder aux plus grandes responsabilités ne seront que très rarement issues des classes moyennes, à la fois en termes de revenus et de patrimoine, ce qui ne sera donc pas le cas des hommes.

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La conclusion qu'on peut tirer est que les femmes politiques sont et seront en général plus "aisées" que les hommes politiques. Si le seuil de l'ISF n'évolue pas et que l'immobilier reste aux niveaux qu'on connaît actuellement, elles seront même assez nombreuses à y être assujetties au moment d'accéder à des portefeuilles ministériels ou aux plus hautes fonctions.

Le renforcement de la présence des femmes dans l'échiquier politique aura donc des conséquences sur la typologie de revenus de la classe politique, tout comme l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail a creusé les inégalités sociales.

Ce phénomène aura-t-il des conséquences politiques ?