Les candidats aux présidentielles parlent du développement durable. Mais ils ne disent pas assez qu'il a un coût et que tout le monde est et sera concerné.

Un mot d'abord pour préciser le vocabulaire. Développement durable est une mauvaise traduction – à la française – du terme anglais sustainable development, beaucoup plus explicite puisqu'il évoque le type de développement que peut supporter ou digérer la planète.

Un premier constat. La masse des besoins va se gonfler. A supposer que nous puissions modérer les nôtres, nous n'éviterons pas l'irruption de 2 milliards d'hommes supplémentaires dans les prochaines décennies. Qui plus est beaucoup d'entre eux voudront, comme les Chinois, les Indiens et autres Brésiliens d'aujourd'hui, se rapprocher d'un niveau de vie occidental, ce qui se traduira par plus de consommation. Pour faire face et surmonter les risques de pénurie et de drames climatiques, une seule solution : un effort permanent et soutenu de productivité. Faire plus et mieux avec moins, tel est le mot d'ordre qui s'impose. Cela implique la poursuite d'avancées scientifiques et techniques, avec des prises de risques inévitables. Ainsi pour l'agriculture. On ne pourra pas à la fois vouloir développer fortement la production de biocarburants et celle qui est nécessaire pour nourrir la population mondiale. Pourra-t-on refuser les OGM s'ils représentent un atout majeur ?

Mais le souci de productivité ne s'arrête pas là. Il conviendra de choisir les investissements en raison de leur rendement réel en termes d'environnement. Ainsi pour les transports. Ce ne sont pas seulement les entreprises de l'automobile qui auront à financer la mise au point de nouveaux moteurs, mais l'ensemble de leurs clients. Des bureaucrates avides de moyens – pour eux – seront sans doute étonnés de s'entendre dire que l'argent qu'ils veulent capter serait mieux placé dans le traitement des eaux ou de l'air des villes.

Le besoin de techniques nouvelles s'accompagnera de la nécessité de nouvelles organisations. On le voit bien au plan international. Si l'on veut des mers propres, il faut une discipline mondiale qui exige l'équivalent de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) en matière d'environnement.

Un deuxième constat : la prise en compte du développement soutenable aura, et a déjà, des effets sur l'évolution des prix. Si l'on veut par exemple un habitat permettant une meilleure isolation des bâtiments, les prix de la construction et du logement pèseront dans les budgets des ménages avant que le progrès de productivité dans la fabrication des matériaux ne produisent leurs effets bénéfiques. De même si, comme probable, les énergies primaires exigent plus de traitements (le charbon par exemple) et se raréfient, les prix des transports gonfleront. Il n'est pas sûr que la division du travail s'opèrera demain comme aujourd'hui où le transport bon marché entraîne une dispersion des fabrications.

Tous les mécanismes économiques sont et seront plus ou moins concernés, y compris les mécanismes financiers, avec l'obligation de mieux intégrer le long terme dans les calculs et surtout de payer les prélèvements que nous opérons gratuitement sur la nature. En sens inverse le développement durable favorisera l'innovation et de nouvelles formes d'activités.