Par Nicolas Vanbremeersch[1]

A la faveur du creux de Ségolène Royal dans ce début de campagne émerge le traditionnel marronnier du troisième homme, censé venir perturber un duel trop prévisible. En 2002, Chevènement avait été un feu de paille, et Le Pen s'était finalement imposé. On s'interroge : le tour de François Bayrou serait-il venu ?

On crédite le candidat du centre d'un fort potentiel sur internet ; lui-même fait de cet espace le lieu de la "résistance face aux forces dominantes". Les charges récentes du Béarnais contre les médias et son adresse au "tiers état" numérique soulèveraient l'enthousiasme des internautes, des blogueurs, de ceux qu'on nomme souvent un peu rapidement le cinquième pouvoir. De fait, la posture anti-establishment de François Bayrou a rencontré un certain écho sur le site d'expression "citoyenne" Agoravox. Dès septembre dernier, une consultation auprès des lecteurs du site indiquait leur préférence : ils le plaçaient en tête au premier tour de la présidentielle.

Aujourd'hui, qu'en est-il vraiment ? Peut-on détecter sur le net une tendance qui annoncerait un mouvement d'ampleur en faveur du candidat centriste ?

Premier indicateur : les chiffres. Le "tendançologue" de l'Observatoire de la présidentielle, qui mesure le "bruit médiatique" des candidats sur le net, enregistre des résultats plutôt décevants : François Bayrou reste nettement distancé par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy [2]. Le "tendançologue" fait néanmoins apparaître une remontée lente et graduelle depuis le début du mois de janvier ; Bayrou fait plus de "bruit" que Nicolas Hulot, pourtant outsider médiatique de ce début d'année - sauf le 22 janvier, jour où l'homme du Pacte écologique a choisi de révéler sa non-candidature. Plus important : Bayrou distance assez nettement Le Pen depuis la fin du mois de janvier.

Bref, l'écho recueilli sur le net est honorable, un frémissement est même perceptible depuis quelques semaines. Mais à y regarder de plus près, François Bayrou semble susciter plus de curiosité que d'adhésion.

A droite, l'immense majorité des blogueurs s'est définitivement ralliée à Nicolas Sarkozy. Les seuls éléments de dissidence notables, hormis les villieristes, rares sur la blogosphère, et les quelques libéraux fédérés autour d'Alternative libérale, qui bénéficient d'une bonne exposition sur internet, les blogueurs de droite encore hésitants se regroupent plutôt dans un camp d'irréductibles chiraquiens. Le vote Bayrou n'apparaît pas dans leur discours comme une alternative crédible.

A gauche, les conversions sont rares. Si quelques blogueurs notables font preuve de leur scepticisme face à l'alternative Sarkozy-Royal, comme Laurent Gloaguen sur embruns.net ou XIII, les ralliements à la cause du candidat de l'UDF ne sont pas légion. Il y a bien eu une initiative, dont la rumeur veut qu'elle émane de proches de Dominique Strauss-Kahn, des "socialistes anonymes pour François Bayrou", mais l'opération a fait long feu, et l'on peut se demander si elle n'était pas tout simplement un canular. Dans le camp strauss-kahnien, on avoue parfois son doute, comme Guillermo, de Radical Chic, mais on s'en tient globalement à l'adage "voter Bayrou, c'est voter Sarkozy". La surprise pourrait venir des Fabiusiens. Edgar, qui tient le blog "la lettre volée", explique ainsi que, des deux candidats possibles (Bayrou et Royal), "celui qui a eu les termes les plus respectueux et intelligents sur le non, ce n'est pas Ségo c'est Bayrou". Néanmoins, il reste en retrait : "disons qu'entre deux candidats sérieux pour le deuxième tour je choisis le plus à gauche."

Peu de ralliements, de mouvements de foule. Un bruit qui monte. François Bayrou, candidat d'une certaine néo-dissidence, serait-il finalement meilleur pour jouer des médias que de l'espace "alternatif et révolutionnaire" qu'est internet ?

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net).

[2] Le "tendançologue" est disponible sur observatoire-presidentielle.fr. Il s'intéresse aux trois "sphères d'information" que sont les sites d'actualités en ligne, les blogs et les newsgroups. La "courbe de bruit médiatique" de chaque homme politique est tracée chaque jour à partir des résultats fournis par plusieurs moteurs de recherche sur toutes les sources d’informations au cours des 24 dernières heures.