Seize propositions figurent sur le site de l'UMP sous la rubrique "Propositions sur l'écologie". J'en commente ici seulement quelques-unes, les autres suivront !

Prendre en 5 ans les mesures nécessaires pour régler les principaux problèmes écologiques de la France en une génération ou deux pour le climat

Ceci paraît bien ambitieux, surtout quand on sait que de nouveaux problèmes écologiques apparaissent chaque année : points noirs pour le bruit, sensibilité à l'air intérieur, épidémies nouvelles… les problèmes écologiques se renouvellent, et les cinq principaux problèmes actuels seront remplacés par de nouveaux qui seront alors considérés comme les plus graves. Surtout, la plupart des problèmes ne sont pas à l'échelle de la France, et la France ne peut les régler toute seule. En revanche, cette proposition suggère de créer des indicateurs de suivi annuel, et cela semble en effet indispensable si ces indicateurs sont objectifs. Un indicateur particulièrement utile à publier serait à mon avis la quantité d'émissions de gaz à effet de serre, qu'il serait possible de publier chaque mois et non chaque année ; une telle mesure permettrait de maintenir une mobilisation de la population qui autrement s'effacera au profit d'un autre souci à brève échéance : le gaz carbonique est invisible et il n'y aura pas de canicule chaque année même si le réchauffement moyen est réel.

Créer la taxe Cambridge, c'est-à-dire taxer les produits importés de pays non soumis à des obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre en fonction de la quantité de CO2 émis pour leur production

Cette idée, séduisante intellectuellement, a pour objectif de forcer les autres pays du monde à agir contre le CO2, ce qui est en effet nécessaire pour que l'atmosphère mondiale cesse son réchauffement. Mais la mise en pratique de ce dispositif est quasi impossible : comment déterminer le niveau de la taxe pour des produits venant d'un pays où des mesures sont prises, mais sous une autre forme que sous celle d'une taxe ? Comment le déterminer pour des produits fabriqués à base de matières premières venant d'un autre pays ? Comment déterminer l'"équivalent-taxe" de politiques de réduction différentes de mesures fiscales, comme par exemple des subventions aux énergies renouvelables ou aux technologies d'efficacité énergétique ? Par exemple, les Etats-Unis ne taxent pas l'usage d'hydrocarbures, mais subventionnent les recherches en matière de séquestration de carbone. Faudra-t-il taxer les importations en provenance des Etats-Unis, ou non ? A quel niveau ? Par ailleurs, comment calculer la taxe à rembourser aux exportateurs européens pour ne pas qu'une fiscalité européenne sur les émissions ne les exclue du marché européen ? Beaucoup de questions donc, sur ce dispositif…

Créer un crédit d'impôt sur les dépenses des entreprises et des ménages consacrées à la R&D environnementale, à l'équipement en biens permettant des économies d'énergie, à la formation…

Ceci existe déjà pour certains de ces biens, et commence à coûter très cher au budget de l'Etat. Jusqu'où faut-il aller ? Une suggestion serait de recycler ainsi le produit des taxes environnementales sur les émissions de gaz à effet de serre, mais ces taxes n'existent pas encore ; il est bien prévu un transfert de la fiscalité du travail vers la fiscalité environnementale, mais cela veut dire que le supplément d'impôt correspondant ne peut pas être affecté à ce crédit d'impôt…

Défiscaliser entièrement les biocarburants

Attention, danger ! Ceci crée beaucoup de problèmes écologiques : tout d'abord, les biocarburants ne sont pas tous les mêmes : ceux à base d'éthanol ne correspondent pas au parc automobile français, il vaut mieux favoriser ceux à base de colza. Surtout, la culture intensive pour biocarburants n'est pas en elle-même un processus très efficace du point de vue de l'environnement : il s'agit d'une agriculture très intensive, sans biodiversité voire néfaste pour la biodiversité, car utilisant beaucoup d'engrais, pesticides, etc. Il vaut mieux utiliser le peu d'hydrocarbures auquel nous pouvons avoir recours pour les transports, en étant économes de transport, et réserver la biomasse pour des usages où elle a plus de sens comme le chauffage, voire pour une utilisation sous forme de bois d'œuvre, se substituant à d'autres matériaux dont la production est consommatrice d'énergie fossile.

Sur ce sujet comme sur d'autres, l'UMP promet donc beaucoup mais n'explicite pas le sens des changements économiques. A noter de plus qu'il n'est pas prévu une réorientation de la R&D publique vers les secteurs de l'énergie et de l'environnement.