Dans son projet présidentiel, Nicolas Sarkozy reprend une idée désormais classique, celle du non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Cette proposition suscite des réserves, y compris d'hommes politiques pourtant rodés au discours de l'orthodoxie budgétaire : François Bayrou indique "qu'une telle mesure ne se décrète pas à l'avance", et Christian Jacob précise qu'il est préférable de "raisonner sur la qualité du service rendu que sur les effectifs".

Qui a raison ? Il ne s'agit pas ici de juger du fond ; beaucoup a déjà été exprimé sur la nécessaire réforme du service public. Il s'agit plutôt de juger de la méthode : y a t-il lieu de quantifier les objectifs et de déterminer ainsi à l'avance les résultats à atteindre ?

Il me semble que oui. Et j'estime même que les objectifs chiffrés sont trop absents de cette campagne électorale. De surcroît, les données numériques qui circulent révèlent parfois une confusion entre les objectifs et les moyens : une augmentation du budget d'un ministère n'est en rien une finalité.

Les responsables d'entreprises le savent bien : les chiffres ont quelques défauts, mais de multiples vertus.

Ils ont d'abord une vertu de communication et de transparence. Le choix des indicateurs est en soi une révélation de la hiérarchisation des priorités. Le décideur qui affiche des objectifs définit, sans déformation de langage, ses intentions.

Ils constituent un excellent facteur d'évaluation, voire de sanction, en mettant le dirigeant en face de ses responsabilités.

Surtout, et c'est là le point le plus important, les chiffres présentent une vertu d'engagement. Les chefs d'entreprise l'éprouvent régulièrement, la gestion des affaires est moins déterministe qu'on ne le pense parfois : il est fréquent que les résultats attendus influencent les causes. Afficher un objectif volontariste et y attacher de l'importance est souvent le meilleur moyen de tendre une organisation afin d'obtenir d'elle un engagement inatteignable sinon.

Ces caractéristiques n'échappent pas aux règles de l'action publique.

Il serait donc souhaitable que les candidats renforcent leur communication sur les objectifs. On aimerait entendre leur vision de ce que doit être la balance commerciale, le taux d'emploi des plus de 55 ans, le solde démographique naturel, le nombre de RMIstes... On voudrait qu'ils s'engagent davantage, pour pouvoir évaluer a posteriori leur réussite.

Il existe heureusement un domaine chiffré sur lesquels les discours commencent à se focaliser, et c'est déjà un point réconfortant. Plus qu'avant, les Français exigent un certain réalisme, ou a minima une certaine information sur le financement des mesures proposées. Les évaluations du coût des programmes sont ainsi projetées au centre du débat. Espérons que ce premier domaine de conquête par les chiffres en laisse présager d'autres.

En guise d'ouverture et pour être un brin provocateur - en prolongeant l'analogie avec le monde de l'entreprise -, il me paraîtrait vertueux qu'un Président de la République qui accepte d'identifier les dix ou quinze indicateurs-clé de son mandat et de définir pour chacun d'entre eux des objectifs soit en mesure de recevoir, lui aussi, une rémunération au mérite s'il les atteint...