Pays de la "Vieille Europe", à bien des égards, la France se situe dans une situation comparable à celle que rencontrent les opérateurs historiques du monde des Télécoms. Les candidats pourraient s'inspirer de certaines stratégies mises en œuvres pour faire face aux défis qui s'imposent à nous.

Une analogie frappante

En préalable, je précise que le fait qu'un ancien dirigeant de groupes de Télécoms soit devenu Ministre des Finances n'est pas à l'origine de cette analogie…

Sa racine est bien plus factuelle : d'abord la dette ; elle est devenue presque insupportable pour de nombreux opérateurs historiques européens au début des années 2000 et la situation de nos finances publiques est malheureusement celle que l'on ne connaît que trop bien maintenant.

Ensuite, à chacun son enclume, les opérateurs alternatifs pour les Télécoms, le phénomène CHINDIA pour la France ; à chacun son enclume constituée par sa bureaucratie. Ensuite, à chacun ses détracteurs : des associations de consommateurs qui hurlent d'un côté, des électeurs qui votent aux extrêmes ou qui s'abstiennent de l'autre. Enfin, à chacun son arbitre des élégances : le régulateur pour l'un, l'OMC et les règles du libre-échange pour l'autre.

Sur le plan des opérations, les anciens monopoles Télécoms ont dû se transformer et exiger de leur organisation interne de s'adapter à un monde qui change vite. Leurs facteurs de succès dans un monde fermé et monopolistique constituaient autant de rigidités qui, sans réformes, les empêcheraient de maintenir leur indépendance capitalistique et technologique à moyen terme.

Sur le plan commercial, les opérateurs ont aujourd'hui perdu une partie de leur pricing power ; par exemple, comment faire pour percer le plafond des offres à 29,90 € pour les Fournisseurs d'Accès à Internet ? L'analogie apparaît là encore évidente avec les pays qui au sein même de l'Europe jouent la partition de la concurrence fiscale, qui se traduit in fine par une perte de recettes fiscales et qui oblige les Etats à revoir à la baisse leur pression fiscale.

Le développement d'une politique de l'offre

Parmi les réponses les plus fréquemment posées par les anciens monopoles Télécoms, on retrouve notamment :

  • un souci très fort d'amélioration du niveau d'endettement et de génération d'un free cash flow conséquent pour réparer les excès d'antan,
  • le rapprochement entre les fonctions de recherche et de marketing,
  • la sélectivité dans le choix de nouvelles infrastructures (e.g. la fibre optique à la maison) et dans les nouvelles offres commerciales,
  • la transformation de modèles organisationnels orientés Produits en modèles orientés Services
  • le développement de nouveaux partenariats tels que les MVNO,
  • des politiques RH centrées sur la gestion des compétences, la reconversion et le traitement dynamique des bassins d'emploi

On peut traduire politiquement ces différents points clés :

En clair, cette stratégie est nettement structurée par une politique d'offre réfléchie et complétée par un volet de formation continue exigeant mais juste.

Le piège des offres commerciales a priori "attractives"

Au cours de la période récente, on a vu aussi certains opérateurs s'engager sur de modèles de revenus plus ou moins aléatoires, par le biais d'offres illimitées inconsidérées ou tout simplement la mise en place de nouveaux services non rentables à moyen terme. Ils ont pris des risques majeurs en terme de destruction de valeur et qui pourraient, s'ils ne sont pas suffisamment solides financièrement, aboutir à leur prise de contrôle par des opérateurs étrangers.

Par analogie là encore, certains Etats ont été plus prudents dans la gestion de leurs finances publiques et ne sont pas aventurées sur des mesures coûteuses et soi disant autofinancées.

Au cœur de la polémique sur le chiffrage des programmes, j'y vois là un véritable rappel à la raison.

Le phénomène de la convergence

La France, comme tout autre pays d'ailleurs, ne se gère évidemment pas comme une entreprise ; deux ministres des Finances récents peuvent en témoigner. Pour autant, cette analogie donne des arguments solides pour croire au rebond, car peu d'opérateurs historiques ont disparu à ce jour.

Au contraire, certains ont connu des évolutions tout à fait spectaculaires et affichent aujourd'hui une belle santé retrouvée. Le plus souvent, ils s'appuient sur la réussite de la convergence fixe/mobile/internet/contenu, lignes de métier maîtrisées depuis longtemps mais qui fonctionnaient de façon isolée ; dernière analogie avec la France : le défi consiste à rassembler nos nombreux atouts qui agissent en silo pour créer plus de richesses et au fond installer dans le respect des règles du libre échange de nouvelles barrières à l'entrée face à nos anciens et moins anciens concurrents. Si certains candidats sont preneurs, on pourrait ainsi en terminer avec l'open bar électoral.