Comme je le rappelais dans un billet récent, l'idée de service civique obligatoire semblait jusqu'à présent faire l'unanimité parmi les candidats des trois principaux partis de gouvernement. Aujourd'hui, la lumière se fait en creux sur les choix de candidats pressés de toutes parts de clarifier leurs propositions et d'en détailler le coût.

François Bayrou à l'UDF est sans doute celui qui défend avec le plus de ferveur le service civique universel, comme il l'a répété dans sa déclaration relative à la social-économie le 23 février. Désireux de s'assurer d'une légitimité démocratique forte pour garantir le succès de l'initiative, il propose de soumettre la décision à un référendum. Il reste à attendre les éléments détaillés de son programme début mars pour juger de la cohérence de sa démarche.

Du côté de l'UMP, le sujet est peu évoqué même s'il reste officiellement d'actualité. Nicolas Sarkozy a déclaré vouloir "un service civique par lequel chaque jeune Français entre 18 et 30 ans donnera aux autres six mois de son temps" (Marseille, 3 septembre 2006), mais le projet ne figure pas dans les mesures prioritaires du candidat dévoilées le 16 février. Sujet polémique au sein de l'UMP, il est à craindre que le service civique obligatoire ne disparaisse discrètement du programme.

Par rapport à ses principaux adversaires, le parti socialiste a le mérite de ne pas esquiver la question dans son chiffrage, mais au prix d'une dénaturation du projet. Le service civique était inclus dans le projet socialiste adopté en juillet 2006. Après avoir précisé qu'"une première étape d'expérimentation sur la base du volontariat est nécessaire avant généralisation" (2 février 2007), Ségolène Royal a confié à Bernard Kouchner la rédaction d'un rapport remis le 22 février. Le rapport préconise l'instauration progressive du service civique : "Nous pourrions commencer par 50 000 jeunes la première année, puis une augmentation de 100 000 jeunes par an pendant cinq ans pour parvenir à un total d'environ 500 000 jeunes par an." Bernard Kouchner évalue le coût à 1 Md€ pendant la phase de montée en puissance, puis à 2 Md€ en rythme de croisière.

Trois remarques s'imposent.

Tout d'abord, l'estimation en "vitesse de croisière" semble largement surestimer le nombre de jeunes concernés et sous-estimer le coût, le chiffre généralement retenu étant de l'ordre de 3,1 Md€ pour 300 000 jeunes.

Ensuite, rappelons que le volontariat évoqué par la candidate socialiste existe depuis de nombreuses années et qu'il a été renforcé par le service civil créé par la loi sur l'égalité des chances début 2006 : environ 10 000 jeunes ont été concernés l'année dernière, ce qui permet certainement de tirer dès à présent des enseignements fructueux.

Enfin et surtout, ce glissement progressif vers la notion d'expérimentation consacre la disparition pure et simple du caractère obligatoire du service civique. Dépouillé de sa principale vertu et chiffré la semaine dernière à 1 Md€ par l'équipe de campagne de Ségolène Royal, le projet devient donc une simple extension du service civil volontaire, et n'a plus de rapport avec l'ambition initialement défendue.

Le bel élan des 400 parlementaires signataires de la pétition de La Vie en novembre 2005 se serait-il évanoui à l'approche de l'échéance ? Référendum pour les uns, expérimentation pour les autres, prudence pour tous, l'avenir du service civique obligatoire semble moins assuré que jamais.