Passée la fièvre Hulot, qui a eu le mérite de rappeler que tous, gauche, droite, blancs, jaunes ou noirs, sont soumis aux risques environnementaux, les défis du développement durable sont comme oubliés. Ils s'inviteront pourtant dans la politique de tous les pays, y compris le nôtre. Un exemple : l'énergie.

La commission européenne a présenté le 10 janvier 2007 sa vision des orientations énergétiques pour 2020. Elle propose de réduire les émissions de CO2 d'au moins 20 % d'ici à cette date. Par quels moyens ? 20 % de consommation d'énergie primaire en moins ; 20 % de production énergétique en provenance d'énergies renouvelables ; équipements de système de capture du CO2 des centrales thermiques au charbon, qui fournissent un tiers de l'électricité européenne mais avec beaucoup d'émissions nocives. La commission suggère également le recours au nucléaire, qui est de la compétence des Etats, mais demande à ceux qui le refusent de mettre en place des sources d'énergie peu émettrices mais coûteuses.

Pour l'heure la France a certes des efforts sérieux à faire pour développer les sources d'énergies dites renouvelables, ce qui suppose des moyens financiers et des aides publiques pendant des années (donc à prévoir dans les budgets). Mais la production d'électricité d'EDF basée à 85% sur "le nucléaire" est un atout. La politique à suivre n'a pas fini de donner lieu à débats. Pour éviter de les enfermer dans l'arène franco-française, il est utile d'avoir quelques faits majeurs présents à l'esprit.

  • La population mondiale est passée de 2,5 milliards de personnes dans les années 50 à 6 milliards en 2000 et sera de 8 milliards en 2020. Pour une majorité des hommes le désir d'accéder au bien-être – ils en sont loin – est plus forte que la crainte de la catastrophe écologique.
  • Le développement exige beaucoup d'énergie ; la consommation électrique mondiale – la base nécessaire – s'accroît de 1,9 % par an depuis 30 ans. Elle repose (en 2004) sur le charbon à plus de 40 % (le gaz 19, 4 %, l'hydroélectricité 15,9 %, le nucléaire 15,8 %, le pétrole 4,9 %, les autres énergies 1,9 %). La part du pétrole et du gaz se réduira. L'essentiel des nouveaux besoins à couvrir viendra du charbon, mais il produit beaucoup de CO2 et du nucléaire qui est "propre" mais suscite des oppositions dans l'opinion.
  • A très long terme on espère capter les flux d'énergies que le soleil nous envoie (8000 fois la consommation énergétique actuelle). En attendant il faut miser sur les progrès techniques permettant un meilleur usage des sources existantes.
  • Les deux sources permettant de répondre rapidement ou assez rapidement à une demande croissante sont le charbon et le nucléaire. Pétrole et gaz coûteront plus chers, les réserves sont limitées et se situent dans des pays imprévisibles. Les déchets et combustibles renouvelables (10,6 % des énergies primaires) ne sont pas à négliger mais n'apporteront qu'une partie de la réponse. Le charbon, qu'on s'efforce de rendre propre, et le nucléaire, continueront de s'imposer.

Cela ne veut pas dire qu'il faille renoncer à une politique énergétique "durable" mais elle exigera des forts investissements, beaucoup de recherche, un formidable effort de productivité des entreprises, des particuliers et des collectivités publiques, dont les Etats, qui auront à économiser sur certains postes de dépenses pour financer l'indispensable énergie.