Un sondage récent appelle les politiques à une action plus décidée en matière de changement climatique.

Ce sondage a été effectué en février par Harris Interactive pour l'International Herald Tribune et France 24 auprès de 6 500 personnes en France, Allemagne, Italie, Espagne, Grande-Bretagne et Etats-Unis. Il comportait deux questions dont les réponses sont particulièrement intéressantes.

A la question : "Souhaitez-vous que les pollueurs soient les payeurs ?", 92% des Français, Italiens et Espagnols répondent oui, plus de 80% des Anglais, Américains et Allemands aussi. Consensus remarquable car ce coût sera assumé par le consommateur final. Le sondage ne dit pas, et c'est dommage, si le consommateur accepterait aussi de payer pour ses émissions directes (carburants, chauffage…). Ce serait en tout cas cohérent avec ce principe de responsabilité des industriels.

Le sondage a toutefois une lacune : il évoque des taxes pesant sur les industriels, pas celles qui pourraient peser sur les particuliers, eux-mêmes directement émetteurs à travers leur consommation de carburant et de chauffage au charbon, fioul ou gaz. La réponse aurait sans doute été bien différente ! Mais les taxes sur les industriels sont bien sûr moins impopulaires, mais elles ne peuvent être efficaces qu'à certaines conditions :

  • elles doivent être indépendantes du lieu de production des émissions : taxer les industriels européens et pas les importations revient à déplacer les émissions, ce qui n'a aucun effet sur le climat ; or taxer les produits importés selon leur "contenu carbone" est extrêmement complexe ;
  • elles doivent être intégrées au prix final des produits, réduisant proportionnellement le pouvoir d'achat des ménages. C'est à cette seule condition que les taxes auront un effet réel de réduction des émissions, les consommateurs se tournant vers les produits fabriqués selon des procédés économes, ou qui leur permettent de réduire leurs propres émissions (voitures hybrides ou économes,…). Le pouvoir d'achat global de l'économie sera en revanche maintenu par le recyclage de ces taxes : financement d'activités de dépollution, R&D sur la réduction des émissions…
  • pour être efficaces, elles doivent être neutres selon l'origine des émissions : si les taxes ne portent que sur certaines émissions, celles-ci seront progressivement réduites par transfert des consommations vers les produits moins taxés : l'impact global sur les émissions pourra même être négatif. Il faut donc que toutes les émissions, diffuses ou d'origine industrielle, soient contraintes avec la même intensité.

A la seconde question : "Pensez-vous que les politiques de votre pays font le nécessaire pour résoudre le problème du réchauffement climatique ?", apparaît le même consensus : plus de 70% des Européens et Américains pensent que les gouvernements ne sont pas assez actifs dans le domaine. Même les Britanniques dont le gouvernement a pris des positions assez en avance sur le sujet pensent à 69% que leur gouvernement n'en fait pas assez.

Les opinions publiques paraissent donc prêtes à des actions plus déterminées de la part des pouvoirs publics. Mesdames et messieurs les politiques, courage !